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Accueil > Figures et personnages > Gilbert GIBELLIN . > Berger-apprenti à 8 ans !

Berger-apprenti à 8 ans !

 Berger à 8 ans !   

Il savait ce qu’il voulait faire plus tard : berger . Tout petit, il décida que sa vie était tracée et que son avenir était déjà dessiné : il vivrait avec le troupeau, il aurait son chien, il serait libre comme l’air dans les alpages... A l’école, son maître comprenait que le petit Gilbert Gibellin avait quelque chose dans la tête qui ne le laissait pas assez tranquille pour s’intéresser à l’histoire de France ou aux règles d’orthographe . Mais l’instituteur reconnaissait à son élève une facilité pour raconter, pour décrire, pour imaginer : dans les rédactions, l’élève aurait pu avoir de bonnes notes mais le nombre de fautes grammaticales était un obstacle à son expression écrite et à son résultat chiffré .

A Saint-Etienne de Tinée, en 1945, comme dans tout le pays, les habitants reprenaient goût à la vie et chacun prenait son destin en mains avec courage et foi en l’avenir : la liberté et la paix donnaient de la force à ces paysans qui avaient subi la deuxième guerre après avoir connu en 1929 un terrible incendie qui avait ravagé le village (à tel point qu’un effort de solidarité nationale avait été promulgué pour la reconstruction, la principale rue s’appelant encore aujourd’hui "rue des Communes de France").

On sait que dans les campagnes reculées, les enfants étaient aussi des paysans et souvent ils l’étaient en priorité par rapport à l’école . Apprendre à lire, à écrire, à compter, cela passait après la moisson, les vendanges, les olives, les noix et la surveillance des troupeaux. Certaines familles, sans doute moins en difficultés financières, tenaient à la fréquentation scolaire normale mais la majorité ne pouvait guère se passer de l’aide des bras des enfants, en particulier les garçons .  

La mère de Gilbert, Charlotte Gibellin, était fille-mère, n’avait pas un gros salaire et pourtant son fils était scolarisé . Malgré tout, à chaque période de vacances, lou pitchoun Gilbert était engagé pour des menus travaux dans des fermes : le foin, le nettoyage des étables, le transport du lait, le bois pour l’hiver, les pignes ... Le garçon ne ramenait pas beaucoup de salaire à la maison mais c’était déjà bien et souvent, il rapportait un lapin, un poulet ou du fromage que donnaient les patrons à ce gamin bien courageux.

En 1946, (Gilbert n’a que 8 ans ), sa mère Charlotte s’entend avec un éleveur pour qu’il prenne le petit comme apprenti-berger pour l’été : un peu plus que l’été car Gibbe partit à la fin mai pour ne revenir à l’école qu’à la mi-octobre . Ce fut une belle période de formation et le petit Gilbert était encore plus persuadé que sa vie devait se passer avec les troupeaux

Dans les prés, dans les champs, sur les chemins, dans les endroits caillouteux, le petit berger était aux anges : il regardait tout, il écoutait les conseils des deux vieux bergers qui lui apprenaient son futur métier . Et lou pitchoun s’appliquait : il n’en perdait pas une miette et il faisait tous les efforts pour que les deux pâtres soient contents. Ces deux-là étaient gentils mais Charlotte leur avait demandé de bien dresser son fils (qui n’avait pas connu son père et qui devait apprendre à obéir, à respecter les règles de la vie pastorale et celles de la société en général) . 

Fichier:Border Collie (Roy) en plein travail.jpg

Ceux qui étaient déjà bien dressés c’étaient les deux chiens qui menaient le troupeau : un border collie (d’origine écossaise) et le patou (d’origine pyrénéenne, sauf pour la femelle Patou qui n’est pas d’une origine d’appellation contrôlée..). Le berger Gilbert était fasciné par ces deux chiens qui étaient des gardiens de première qualité : ils savaient toujours ce qu’il fallait faire mais ils attendaient le plus souvent le signal du vieux berger . Les consignes qui leur étaient données étaient simples, rapides et avec la voix haute : "cours là-bas", "va dessus", "vite en bas", "ramène les" , "sépare". D’autres fois, des onomatopées bruyantes résumaient la situation et les chiens exécutaient illico la consigne : " ahuuu", "chouou", "biiii", " leieii"... Ces petits sons suffisaient puisque les chiens connaissaient d’avance la tâche à accomplir mais Gibbe n’était pas encore bien habitué à ces rituels du métier de berger . Petit à petit, il apprit à cotoyer les chiens, il les voyait obéir et il apprit ainsi à donner lui aussi des ordres par rapport à la situation du troupeau. 

 

L’apprenti-berger apprenait son futur métier et il faisait tout pour contenter ses deux "formateurs" : pour les amadouer (Gibbe était déjà un peu filou à 8 ans) il prenait toujours le temps de leur préparer une belle tranche de jambon cru, il pensait à mettre le litron de rouge au frais dans le ruisseau, il faisait la vaisselle sans tarder... Il se donnait tellement de peine qu’en effet les deux vieux bergers lui faisaient de plus en plus confiance et lui confiaient des responsabliltés : par exemple, en début d’après-midi, quand la chaleur est à la limite du supportable, les deux pâtres se posaient tranquillement sous un arbre et attaquaient leur sieste réparatrice, sans soucis puisque lou pitchounet était bien là pour veiller au troupeau . Dans ces moments-là, petit Gilbert se sentait bien grand : c’est lui qui commandait, qui surveillait, qui faisait le guêt en épiant le moindre mouvement des petits agneaux. 

 

Jusqu’à 14 ans, Le fils Gibellin alla à l’école mais son attention scolaire devenait de plus en plus relâchée au fil des années : le gosse ne rêvait que des troupeaux et rien d’autre ne l’intéressait. A 15 ans, son oncle, Baptiste Goujon, avec l’accord de Charlotte, place Gibbe chez un éleveur à Allons  près de Saint-André les Alpes et du lac de Castillon . Le patron du troupeau d’Allons était Aimé Mistral dont le grand-père, Ulysse Latil, possédait des terrains dispersés le long du trajet de la transhumance et qui servaient donc d’étapes : de milieu octobre à mi-juin, 3 bergers partaient donc d’Allons vers la Garde-Freinet avec un troupeau de 1200 bêtes dont environ 800 moutons et brebis et 400 agneaux . Les pâturages n’étaient pas très nombreux à la Garde-Freinet mais la végétation était abondante et les forêtes contenaient beaucoup de chataîgners . Les deux bergers qui accompagnaient le jeune Gilbert étaient Maurice et Banni âgés d’une cinquantaine d’années. 

Toute la journée se passait dans les prés et le soir c’était le repos dans la vieille bergerie et les parties de cartes avant de s’endormir. 

Autour du 15 juin, il fallait repartir vers Allons et le voyage de transhumance retour prenait une semaine : après la Garde, le pont de Bayonne, le col de l’Ange, la traversée difficile de Draguignan, la carrière des Salles, Comps, Castellane, Saint-Julien du Verdon, Saint-André les Alpes et arrivée à Allons .

Gilbert a travaillé trois ans pour Mr Mistral et à 18 ans, il est parti travailler pour l’un de ses oncles, Achille Monge, à Thorame-Haute. Il était maintenant devenu un vrai berger et il allait le rester presque quarante ans .

 

 

 

 

 

 

 

 

Vos commentaires

  • Le 8 décembre 2009 à 10:26, par jasmine Lara En réponse à : Lire et écrire

    Très intéressante l’épitre sur Gibert Gibelin (un autre GG)... J’avoue regarder d’un autre oeil cet autre GG depuis que vous en parlez ici. Je savais que la scolarité de tous ces petits paysans précoces, que ce soit dans l’élevage ou la culture, n’était pas extrêmement poussée, mais je sais aussi que les gens de la campagne, souvent, savent lire mais aussi écrire, et croyez moi, souvent avec beaucoup moins de fautes d’orthographe, ne vous en déplaise, que nos technocrates d’aujourd’hui et nos "bac + N".

    J’ai longtemps correspondu avec une tourtouraine dont l’expression écrite était impeccable. C’est fascinant de lire ces vieilles lettres qui racontent des choses de la vie (et parfois de la mort) avec une simplicité et, il faut le dire, une élégance que beaucoup de jeunes ignorent. Le langage sms qui a tendance à devenir un standard y est sans doute pour beaucoup. L’avantage de la vraie écriture est qu’elle perdurera tant qu’en perdureront les supports. Déjà les cultures anciennes qui gravaient sur la pierre ont dû avoir du mal avec le papyrus puis le papier et devaient se dire que les écrits papier disparaitront avec le papier-tellement plus fragile que la pierre... tout comme je me dis que les écrits sur supports électroniques n’existeront plus quand on n’aura plus rien pour les lire.

    Si nos anciens savent écrire -et lire sans doute, l’un n’allant pas sans l’autre- celà vient peut être des méthodes d’apprentissage. Je suis pour le progrès mais je pense que celui-ci devrait s’ajouter à ce dont on dispose déjà et non s’y substituer. Tout de même je ne nie pas l’utilité du portable pour les bergers, isolés, mais êtes vous sûr que l’autre GG, même s’il n’a guère eu de goût pour l’école, ne sait pas aussi bien écrire que ma correspondante tourtouraine ? En tout cas il doit savoir compter : forcément, il ne s’agit pas de perdre le moindre agneau sur l’alpage.

  • Le 8 décembre 2009 à 12:09, par Gilbert Giraud En réponse à : Il le mérite ...

    C’est bien gentil de regarder Gilbert Gibellin d’un autre oeil et je continuerai à écrire sur sa vie en espérant que cela vous incite à utiliser les deux... En ce jour de Fête des Lumières à Lyon, (on dit aussi "les illuminations"), me vient une idée logiquement lumineuse, à moins que ce ne soit qu’un voeu : les émotions, les anecdotes, les souvenirs que vous avez partagés avec votre amie, pourquoi ne deviendraient-ils pas des moments de partage avec d’autres tourtourains qui, à leur tour, seraient ravis de communiquer d’autres souvenirs de la vie de notre village . Des petits articles qui auraient l’odeur des ruelles, le goût de la place et la saveur des morilles ... Je sais déjà que vous n’adhérez guère à ce genre d’idées mais prenez un moment pour y réfléchir . Bon mardi, avec ou sans aïoli ...

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Mis à jour le jeudi 19 octobre 2017