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Accueil > Traditions > 05 . La pétanque ( et le jeu provençal). > Envoyer des salades....

Envoyer des salades....

 

Envoyer des salades...   

Vous vous demandez peut-être le sens du titre de l’article et vous imaginez que des explications vont vous être données sur la commercialisation des laitues tourtouraines, des frisées de Camp-Fournier, des romaines du Pré-Pujet ou de la feuille de chêne du Grimaud....

Eh bien pas du tout ! c’est de la pétanque dont il sera question !

A Tourtour, comme dans tous les villages provençaux, certaines traditions durent depuis des lustres et elles ne sont pas encore à l’aube d’être abandonnées de sitôt.
Connaissez-vous, chers estrangers, la galéjade ?
 

 

Emprunté au provençal galejado substantif du verbe galeja « se moquer de, plaisanter » .(Familier) Terme usité en Provence pour désigner une façon exagérée et plaisante de raconter ou de peindre les choses. C’est une pure galéjade.

Vous vous souvenez de l’histoire de la sardine qui avait bouché l’entrée du port de Marseille ? C’est un peu ça... On raconte, on exagère, on se prend au jeu, on insiste et on ne sait guère jusqu’où cela va conduire. On parle bien fort, on appuie les phrases avec des gestes bien contrôlés, on est dans l’histoire, on est le héros...

Envoyer des salades, au cours d’une partie de boules, c’est essayer de provoquer l’adversaire, c’est vouloir déstabiliser l’équipe en face avec des réfexions à voix haute pour qu’on les entende bien mais tout en ayant l’air de na pas y toucher. Un petit exemple : le joueur tire sa boule et manque. "Pourtant elle était bien tirée cette boule" dit l’autre équipe. Et le tireur se sent encore plus en situation délicate : il a raté son tir et en plus on le galèje, on rit de lui, on se moque tout en faisant un soi-disant compliment... Et le tireur ne doit pas rentrer dans le jeu du galéjeur, sinon il se verra répondre que ce qui avait été dit était vraiment sincère : il s’est fait envoyer une salade, il doit se contrôler et ne pas polémiquer.

   

Attention : cela se passe tous les jours entre joueurs qui se connaissent bien. Il ne s’agit pas de provoquer à des fins belliqueuses. On s’envoie des vannes mais on se connaît, on s’apprécie, on sait bien de quoi il ne faut pas parler, on comprend jusqu’où on peut aller : on est là pour provoquer mais pas pour fâcher. On titille mais on n’appuie pas trop. C’est un jeu subtil de psychologie de groupe, c’est un jeu de rôles, c’est un moment de pure convivialité provençale et n’importe qui ne peut pas y accéder si un aspect génétique n’est pas inscrit dans son être profond.

Certains appellent cela la " tchache ", la gaudriole, la gloriole, le cinéma : c’est un peu tout cela, une recette savoureuse aux ingrédients précis et bien calculés en fonction des invités. 

Celui qui joue à la pétanque et qui n’envoie pas de salades ne fait qu’envoyer des boules en comptant les points : il ne s’intègre pas dans un cérémonial culturel séculaire, il ne goûte pas aux subtilités de la tactique psycho-sportive qui influe tant sur le déroulement de la partie. Combien de revirements spectaculaires de parties menées 12 à 1 et qui sont perdues à cause d’une salade bien dosée, bien assaisonnée et ciblée dans le mille de l’équipe déboussolée et déstabilisée par quelques mots distillés à la virgule près....

" celle-là, si elle touche pas la boule, elle fracasse le mur..."
" un coup comme ça, il est trop fort, il ne peut pas le rater..."
" ils ont du faire la prière avant de venir..."
" Moi je te dis qu’ils ont peur de tirer..."
" la Bonne Mère est avec eux : on pourra pas gagner..."
" ils ont le tafanari comme la Porte d’Aix...".
" oh pauvre de nous ! ça joue plus au billard qu’aux boules".
" Tè vé ! encore une fois ils sont bénis !".
" Cette, année, ils sont bons les pigeons ! Sors les petits pois !".

Chaque année, sur le boulodrome de Tourtour nous avons la chance de compter parmi les boulistes, un des meilleurs spécialistes de l’envoi de salades, un as de la galéjade, un champion de la vanne : il vient de Solliiès-Pont. Si vous l’écoutez quelques minutes, vous allez vous apercevoir que le vocabulaire de Pagnol, c’est du roman de gare à côté de la gouaille de ce provençal qui nous fait lire quand il parle....

 

 

 

 

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Mis à jour le vendredi 28 juillet 2017