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L’acquisition du château en 1952 .

 L’acquisition du château en 1952 

De nos jours, chaque tourtourain est vraiment fier de son château qui est l’hôtel de ville, la Mairie comme on dit : le bâtiment trône en plein village et son jardin bénéficie d’une vue panoramique assez rare dans la région . Le château communal est également occupé par le bureau de poste et par l’Office de Tourisme et il a, durant des décennies, servi également d’école .

Lors des voeux de 2010, notre maire actuel, Pierre Jugy, a informé les tourtourains que de gros travaux de restructuration du bâtiment vont être engagés avec des changements d’étages pour les services et que des aménagements sont à prévoir au 2ème étage après d’importantes réparations à effectuer (toiture, étanchéité, planchers, mise aux normes électriques..) : le château communal a son histoire, essayons de nous souvenir de l’époque où il est devenu "Mairie".

Le château n’a pas toujours été communal : l’achat du monument par la municipalité a été réalisé en 1952 et la procédure d’acquisition a provoqué de grosses polémiques dans le village (qui sont évidemment depuis, bien oubliées ). 
Il est vrai qu’à cette époque appelée "l’après-guerre" les populations se comportaient avec mesure et économie : les français avaient connu la disette, l’exode, l’occupation, les rationnements, la pénurie durant la deuxième guerre mondiale et les mentalités n’avaient pas encore évolué vers la croissance chez tous . Dans l’inconscient collectif il fallait économiser et ne pas prendre trop de risques financiers : le château représentait donc un caprice pour certains opposants à cette dépense considérée comme superflue et peu urgente .

Malgré tout, des problèmes de sécurité se posaient pour les élèves de l’école qui n’avaient pas de cour de récréation et prenaient donc leurs temps de détente sur la place : bien sûr, la circulation automobile n’était guère embouteillée mais les charettes et les chevaux représentaient aussi de gros dangers . Le conseil municipal se réunit donc pour trouver une solution à ce problème .

L’école se trouvait à ce moment là dans la maison du coin ouest du jardin public où se trouve de nos jours le local "l’Union" et le magasin "le grain de folie", donc l’école touchait le jardin du château . Dans le même temps, la Mairie et la poste se trouvaient dans une maison de la place vers la rue des Chèvres (c’était donc la maison à côté de celle qui, aujourd’hui, est une agence immobilière, ouverte en été 2009 après ce qui avait été le restaurant " l’Amandier "). Autre précision : notre jardin public était, dans les années 50, le jardin potager du château et il était totalement occupé par les légumes et les fruits : de plus, pour séparer ce jardin de la place du village, un mur de pierres était édifié, de deux mètres de hauteur !  

Le conseil municipal et son maire, Auguste Troin, n’avaient pas beaucoup de possibilités pour résoudre la question : la solution proposée consista à demander l’expropriation d’une partie du jardin du château afin de lui conférer le statut de cour de récréation. Tous les conseillers n’étaient pas d’accord avec cette hypothèse mais l’idée arriva aussi aux oreilles des propriétaires du château, deux docteurs niçois, Mr Bougeant et Mr Cossa : ceux-ci, préférant se mettre à l’abri d’une perte de patrimoine (et donc de valeur foncière) à cause de la prochaine expropriation, décidèrent très vite de mettre le château en vente .

Les élus ne tardèrent pas à passer à la deuxième étape, celle de la proposition d’achat du château pour en faire le bâtiment communal . 
Qui siégeait au conseil ? 
Le maire Auguste Troin, le premier-adjoint Albert Escarelle, et les conseillers, Mlle Marthe Basset et Mrs Joseph Olivéro, Eugène Giraud, Auguste Verdaine, Albert Meiffret, Louis Martin, Jules Rouvier, Louis Ferran et Henri Mandin : 11 élus.
Les discussions ne furent pas de tout repos et les négociations internes au conseil se tenaient dans des conditions pas toujours sereines. Malgré tout, il fallait se positionner et le conseil autorisa le maire et son adjoint à prendre les premiers contacts avec les propriétaires .

Les deux élus rencontrent donc les propriétaires mais la discussion tourna court car la somme demandée par les docteurs était de 5 millions de francs (ce qui correspondrait environ à 500 000 € actuels), un devis bien trop élevé pour les finances de la commune . Les vendeurs avaient mis la barre haute car ils se doutaient bien que la mairie serait prioritaire dans la vente et que l’éventualité d’une expropriation d’un morceau de jardin allait décourager d’autres acheteurs potentiels. Donc, autant taper fort au début et on verra ensuite !

Le conseil municipal fut à nouveau convoqué et le prix proposé fut déclaré exhorbitant par les conseillers . Pour la vente, une expertise par le service des Domaines était réclamée et le responsable dracénois vint à Tourtour pour établir une estimation de la valeur du château : le fonctionnaire fixa à 3,5 millions la somme que la mairie était en droit de demander sans que cela ne soit une somme dévalorisée. Merci Mr l’Inspecteur !

3,5 millions ça faisait beaucoup et la décision fut prise sans l’accord de 4 conseillers, farouchement opposés à l’achat car ils pensaient que les finances allaient tomber en faillite . Les recherches effectuées n’ont pas permis de retrouver la trace d’un article paru à l’époque dans la presse et qui s’intitulait "Alerte rouge sur les finances" .....

En tout cas, les 4 élus donnèrent leur démission le lendemain au Préfet du Var . Celui-ci, Mr Ottaviani, convoqua donc Mrs Troin et Escarelle à Draguignan (qui était encore la Préfecture à ce moment-là) pour les entretenir de la situation tourtouraine bien tendue. Devant la décision démocratique obtenue en conseil (7 pour, 4 contre), le préfet conseilla donc aux deux élus du village de poursuivre l’effort et de procéder à l’achat .
Albert Escarelle raconte dans une émission de France-Culture que Mr Ottaviani leur dit à cet instant : " et si certains ne comprennent pas ça à Tourtour, je monterai moi-même pour leur expliquer que, grâce à vous, on a supprimé une autre Bastille..! ". On peut noter au passage qu’à cette époque les préfets pouvaient se permettre d’énoncer des idées révolutionnaires : si le préfet actuel sort une telle phrase, il se retrouve la semaine suivante, dans un autre département et chef du service des cartes grises ....

Le conseil a voté l’achat du château et la répartition des sommes pour les 3,5 millions s’est effectuée de la façon suivante : vente des 2 maisons du village (anciennement la mairie et l’école) pour 1 million, don de Mr Boussard (vente de bois brûlé à la Baume) de 0,4 million, subventions départementales pour 1,2 million, une coupe de bois (au Grimaud) pour0,6 million, donc 3,2 millions . Il restait donc 0,3 million qui a fait l’objet d’un prêt sur deux ans (dont les intérêts ont été pris en charge gracieusement par Auguste Troin, le maire).

Afin que l’on se souvienne de cet épisode historique, ses enfants et ses petits-enfants ont fait poser une belle plaque de marbre au mur de la demeure d’Auguste Troin, juste avant le porche de la chapelle de la Trinité : l’ancien maire est nommé "cépoun", c’est à dire le vieux sage gardien des traditions et des valeurs de la communauté, et Saint-Denis sait à quel point Mr Troin méritait vraiment cet hommage.

Les travaux qui vont bientôt débuter à la Mairie n’auraient donc jamais pu avoir lieu si, en 1952, quelques élus n’avaient pas pris le risque d’acquérir le château pour en faire l’hôtel de ville, l’école et la poste : les finances se sont remises sur pied et le jardin est ensuite devenu espace public après "la chute du mur"...

Un détail :
Avant la restauration de la façade (au début des années 2000) voilà le château en état de "pierres apparentes" : il est maintenant crêpi avec une teinte jaune orangé clair. Hélas, l’humidité a déjà fait de gros dégâts (en particulier sur le côté qui donne sur la fontaine) et il semble que dans quelques années, la dépense soit à prévoir car l’esthétisme est de plus en plus dépassé par la moisissure .

 

Vos commentaires

  • Le 2 février 2010 à 15:28, par Jean Lainé En réponse à : Chateau communal

    Cet article relate parfaitement les péripéties qui ont prévalue en 1952 lors de l’achat du Chateau Souvent Albert Escarellme m’a raconté combien il avait souffert du climat délétère qui s’était institué dans le village à l’occasion de cette acquisition. Avec le recul du temps qui oserait dire aujourd’ui qu’Auguste Trouin et Albert Escarelle ont eu tord de passer outre à ll’opposition farouche d’une partie du Conseril Municipal de l’époque.
    Concernant l’aspect extérieur , ce bâtiment construit avec de la pierre de tuff, n’a jamais été vraiment en pierres apparentes. Les Murs étaient grossièrement recouverts d’un enduit à la chaux, destiné à éviter la pénétration de l’humidité dans les pierres, très poreuses.
    En 2000, un ravalement des façades a été effectué, suivant une technique traditionnelle à la chaux ! Dix ans après, force est de constater que la tenue dans le temps a été médiocre. Il n’existe aucune protection des murs de fondation. il en résulte des remontées capillaires d’humidité, qui expliquent les difficultés rencontrées. Une étude sérieuse par des experts devrait être effectuée, pour définir les travaux à réaliser qui permettraient de résoudre le problème..
    Il est probable que la salle en sous-sol, devenue Salle Escarlle, était autrefois ouverte sur le devant, du côté du jardin, pour permettre l’accès, de ce qui devait être l’écurie du château. Dommage que l’on ne dispose pas de photos ou gravure de l’époque, permettant de mieux comprendre la disposition des lieux.
    Les seuls travaux effectués à l’intérieur du bâtiment ont été la création du cabinet médical au début des années 90 ; l’aménagement de la Salle Escarelle et du local où est hébergé l’office de Tourisme ont été réalisés en 2000, en même temps que le ravalement des façades.

    Il n’est pas criticable que la nouvelle municipalité, fasse éxécuter des travaux à l’intérieur. Il est cependant regrettable qu’une étude d’ensemble n’ait pas été préalablement réaliseée, qui aurait permis unre meilleure programmation dans le temps.
    .

  • Le 2 février 2010 à 17:24 En réponse à : un autre son de cloche

    albert escarel etait le seul a refuser l’achat du chateau

  • Le 2 février 2010 à 18:52, par Gilbert Giraud En réponse à : Pas du tout ...

    Vous maniez l’histoire du village avec une certaine désinvolture car votre remarque (anonyme en plus) est totalement erronée . Quand je titille l’équipe municipale sur des faits de la vie tourtouraine, vous avez tout le loisir de ne pas goûter à l’article et d’en faire la critique, c’est l’un des buts du site . Par contre, quand j’écris un texte sur un aspect historique, soyez un peu tolérant(e) pour penser que je n’invente rien mais que je me base sur des documents validés et des sources confirmées. Comprenez bien que pour l’acquisition du château en 1952, pas de problèmes pour l’authenticité des sources qui ne sont rien moins que les délibérations des conseils municipaux de l’époque, documents qui sont disponibles pour tous aux archives municipales mais également à partir des publications de la presse communale (qui hélas n’existe plus depuis deux ans) . Je n’ai pas noté les noms des 4 élus qui ont voté contre (et 7 voix pour) car cela n’apportait pas grand-chose à l’article mais aussi pour éviter une quelconque polémique. Bien sûr, si plusieurs tourtourains réclamaient le complément d’information, il sera facile de rajouter les 4 noms . Un petit détail : quand la mairie a décidé d’attribuer le nom d’une salle du château à Albert Escarelle, il faut espérer que vous avez fait la remarque au maire... Ce serait quand même bien rigolo que le seul qui aurait voté contre l’achat du bâtiment-château n’aurait eu, comme reproche, l’honneur d’avoir une salle à son nom ... Dans le fond, vous avez bien fait de ne pas avoir marqué le votre, de nom... Cordialités compassées .

  • Le 4 février 2010 à 17:29 En réponse à : triste initiative

    je suis heureux de ne pas etre responsable du nom donne a cette salle .

  • Le 5 février 2010 à 01:44 En réponse à : Péripéties.

    Bonsoir monsieur Lainé Vous nous dites donc dans votre message à propos de l’article de monsieur Giraud "Cet article relate parfaitement les péripéties qui ont prévalu en 1952 lors de l’achat du Château" alors comment pouvez vous affirmer ce "parfaitement" ? Pour dire ce parfaitement il aurait fallu au moins que vous l’ayez vécu cette péripétie et il n’en est cas, bon passons cet abus.

    Vous étiez rédacteur en chef du troumpetoun, Avez-vous visualiser les archives à ce propos avant la publication de votre article en 1998 relatant ces faits et quant est-il exactement ?

    Aujourd’hui j’ entends partout que quand monsieur Escarcelle a légué sa bastide à la mairie de Tourtour, il souhaitait que cela devienne un musée. De nombreuses années après, la bastide est occupée par "l’oléo-duc de tourtour" (c’est son nouveau surnom semble-t-il) est rien n’a été entrepris par vous ou votre poulain aujourd’hui maire monsieur Jugy, pour réaliser le souhait de monsieur Escarcelle. Trouvez-vous cela respectueux et encourageant pour ceux qui souhaiteraient dans le futur léguer quelque chose à la mairie ?

  • Le 5 février 2010 à 09:43, par Gilbert Giraud En réponse à : tentaculaire ...

    La confrontation d’idées et la rencontre de points de vue sont des éléments indispensables de la vie démocratique et citoyenne de toute communauté, en particulier villageoise . Et le site peut faire partie intégrante de cet espace de paroles et d’échanges . Vous soulevez un voile intéressant mais, par votre anonymat, vous vous cachez derrière un autre, ce qui affaiblit votre propos et c’est bien dommage . Malgré tout, j’ai promis d’aller consulter les archives dès mon retour à Tourtour et cela permettra de bien situer les choses, références à l’appui . Un détail : il n’est pas tout à fait certain que Mr Lainé prenne Mr Jugy comme son poulain mais il n’est pas non plus acquis que Mr Jugy se déclare être le fils spirituel de Mr Lainé...

  • Le 30 juillet 2010 à 21:39, par Goure En réponse à : Achat du château

    J’ai beaucoup apprécié cet article. Très bien à A Troin , maire de l’époque , pour avoir fait l’acquisition du château.
    J’ai vu que Jules Rouvier faisait partie du conseil municipal. C’était le marie de ma tante Régina (soeur de mon père),.

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Mis à jour le jeudi 12 octobre 2017