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L’an 980, la charte dite " de Grimaldi " .

 

 

L’an 980, la charte dite " de Grimaldi ".

 
  ARMOIRIES MAISON GRIMALDI (2)  

Quand on veut analyser la vie tourtouraine (et en particulier tout ce qui tourne autour des arcanes de la vie municipale ou des diverses aventures de nos élus) il faut avouer que cela n’est guère difficile : il suffit de regarder, d’écouter et de réfléchir ensuite avant de rédiger un article qui suscitera de toutes les façons des réactions tout à fait variées et parfois paradoxales ....
Par contre, pour un texte de tendance pédagogique (et en particulier si le sujet est historique), là le problème est légèrement différent ! Il faut chercher, analyser, comparer ... Et c’est alors que des pistes peuvent s’avérer contradictoires avec d’autres arguments pourtant considérés comme irréfutables : un tel dit que... mais l’autre soutient que ...et des preuves sont apportées, d’un côté comme de l’autre ! Il faut alors décider, il faut prendre parti, se prononcer et tout cela au risque de commettre une erreur (avec pourtant la très nette sensation d’avoir avec certitude fait preuve d’objectivité).

Autrement dit, envoyer quelques vannes sur la Patou, le Marcmal ou le pote Jugeotte c’est relativement cocagne et cette récréation ne réclame guère d’études approfondies ni analyses fouillées : par contre, dès que l’on décide de se pencher sur des aspects historiques par exemple, la question est légèrement plus sensible ...

Prenons le cas de la fameuse charte dite "de Grimaldi" : tout d’abord, voici le texte tel qu’il est retranscrit dans l’ouvrage d’André et Nicole Cabau "Tourtour, chroniques d’un village du Haut-Var" (éditions Serre, 1989).

" Au nom du Seigneur, Amen, 
La perspective d’une récompense incite tout homme à se bien conduire, mais le sujet d’élite est bien davantage stimulé par la gloire, lorsque la victoire a pour prix le dépassement de ses facultés physiques et morales. C’est ainsi que Gibelin de Grimaldi , homme de grande valeur et d’illustre noblesse nous a aidé à repousser l’invasion des infidèles maures et sarrasins et leur a, par son courage, repris le Golfe Gambracium plus communément appelé Saint-Tropez. Un tel exploit valait d’être signalé par un geste de reconnaissance princier. 
Nous, Guillaume, Comte, fils de Boson et de Fouquière, résidant en la cité d’Arles, en présence et avec l’assentiment de notre épouse Alaïs, de notre fils Guillaume, de l’Archevêque Annon, du juge Renard, de Riquelin, de Hildouard, de Pons de Lançon, , Fouques, Guy, Enguerrand et d’autres nobles, nous donnons au dit Gibelin de Grimaldi ce golfe Gambracium communément appelé Vivier de Saint-Tropez, avec tout le pays alentour, pour qu’il le possède en toute propriété et le défende désormais contre les infidèles Maures et Sarrasins  , réserve faite cependant des droits de l’Eglise et de l’Evêque de Fréjus .
Quiconque s’oppose à cette donation en faveur du puissant Gibelin de Grimaldi s’exposera au juste chatiment de notre colère et sera précipité dans l’abîme infernal comme Core, Orthan et Abiron . 
Fait en l’An de l’Incarnation du Seigneur, indiction 10 au mois de septembre sous le règne de Conrad Roi des Allemands et de Provence.
Moi, Guillaume, Comte, j’ai fait rédiger cette charte et je l’ai signée de ma main. Témoins, Alaïs comtesse, Guillaume comte, Annon archevêque, Renard, Riquelin, Hildouard, Pons de Lançon, Fouques, Guy, Enguerrand et les autres. Boniface a écrit et donné sa garantie ".

Le texte intégral de cette charte "dite de Grimaldi" a été considéré comme véridique durant plusieurs siècles mais les différentes recherches et les études entreprises par de nombreux historiens ont fini d’accréditer l’idée que ce document était un faux .
Dès le XVIIème siècle, les ouvrages consacrés à l’histoire de la Provence font état de cette charte : la première trace de l’écrit remonte au livre "Histoire des Comtes de Provence" où le texte est cité par Antoine de Ruffi en 1654 qui avait trouvé ce fameux document dans un registre de l’évêché de Fréjus : hélas l’original n’est plus disponible (ni visible) de nos jours et il est donc difficile de suivre la "traçabilité" (comme pour l’entrecôte charolaise) du document . Toujours est-il que les historiens recopiaient le texte (et le commentaient) sur la foi des textes déjà édités : malgré tout, l’historien et abbé Jean-Pierre Papon (Paris, 1777-1786, en 4 volumes IN-4°), a émis de très larges réserves sur l’authenticité de cette charte.

La critique historique moderne (comme quoi la critique a droit d’existence !...) peut utiliser de nouvelles techniques de recherche (en particulier grâce aux systèmes d’archivages et aux supports informatiques) et très vite plusieurs historiens ont prouvé la non-véracité de cette charte en se basant sur des faits irréfutables car reposant sur des données scientifiques (et même mathématiques). Il semble intéressant (en tout cas à ceux qui veulent s’intéresser à l’histoire de notre village) de se pencher sur quelques points et les étudier plus précisément afin d’avoir une vision la plus objective possible des faits transcrits . 
Par exemple, des études d’historiens ont soulevé la question de la date d’indiction qui est notée à la fin du texte de la charte : auparavant, quelques renseignements (sur la notion historique d’indiction romaine) qui nous aideront à mieux comprendre les réticences des chercheurs .

 

L’indiction romaine (du latin indictio, annonce) correspond à une période de 15 ans.
La réforme de l’imposition dans l’Empire romain menée au début du IIIe siècle organisait une nouvelle base du calcul de cette imposition selon les possessions et les revenus des contribuables. Le relevé fiscal de ces bases d’imposition devait être actualisé périodiquement. Après un essai selon une période de 5 ans, la périodicité à 15 ans fut adoptée pour cette actualisation, réalisée sous la responsabilité des bureaux du préfet du prétoire.
A partir de 312, l’empereur Constantin Ier  rendit obligatoire la mention de l’année de l’indiction, c’est-à-dire le numéro d’ordre de l’année dans le cycle, pour qu’un acte juridique soit valide, créant un référencement des dates plus pratique que l’indication du nom des consuls de l’année.
Charlemagne  reprendra ce mode de datation à partir de 800.(et c’est à partir de cette date que les historiens ont calculé pour préciser la date de rédaction de la charte).

Après ces explications, revenons à la teneur du texte de la charte et aux larges réserves émises sur cette notion historique .

Les historiens chercheurs sont désormais catégoriques, la date d’indiction (qui est notée dans le texte de la charte) est fausse et ils se fondent sur de simples remarques purement chiffrées et sur des bases mathématiques . Comment ont-ils calculé ? La marche à suivre (pour le calcul de l’indiction) consiste à ajouter le chiffre 3 au millésime de l’année, à diviser ensuite le total par 15 et le nombre du reste de la division (le reste, pas le résultat) représente donc l’indiction calculée. Si la division tombe juste (le reste est 0) l’indiction est 15. L’année prise en compte est l’an 980, : on rajoute 3, on obtient 983 et si l’on divise 983 par 15, le reste de la division est 8 . La question c’est que dans le texte de la charte, l’indiction notée est 10, ce qui semble manifestement trouble (et en tout cas mathématiquement faux) .

Qu’on se rassure, à Tourtour on est relativement habitués à certaines erreurs dans le maniement des chiffres : on se souvient de l’annonce célèbre du Nice-Matin en février 2009 où la docile Isabelle Bono avait relayé béatement l’info donnée par la comptable municipale Patou Coste qui avait crié sur tous les toits "alerte rouge sur les finances" (en sous-entendant que la mairie avait les caisses vides) : quand on a vu les dépenses somptuaires qui ont été réalisées ensuite (fauteuils, sols, tables, bureaux, matériel informatique -grâce à la boîte Access de son cher mari Titi- ) on se dit qu’il devait y avoir eu une petite erreur dans les virgules ... Et que dire quand le Marc-Mal Lavergne parle (en hurlant, plutôt..) en conseil municipal de 200 000 € gaspillés par le maire précédent mais qui n’a toujours pas donné d’explications sur ce nombre à Mr Lainé (et aussi aux concitoyens-électeurs-administrés) et qui, volontairement bien sûr, ne lui a toujours pas présenté d’excuses pour avoir sournoisement falsifié les sommes afin de faire un bel effet d’annonces (effet qui n’en a eu aucun d’ailleurs, sauf d’en ridiculiser l’auteur !...).

C’est bien beau de parler de l’histoire du village au temps des années mille mais il n’est pas interdit (ni inutile) de se souvenir de certains points qui se rejoignent au fil des siècles....(et les chirurgiens-cardiologues disent qu’à un certain âge, il faut entretenir sa tension à un niveau suffisant !!). Et puis, un instit (à la retraite ou pas) a génétiquement besoin d’une petite récréation, toujours ... Récré finie, on repart en classe !!

Revenons néanmoins à notre fameuse charte et aux réserves émises sur sa véracité par les historiens chercheurs qui ont "épluché" des centaines de manuscrits  et ont relevé des tas de détails utiles à leurs recherches et à leurs ananlyses : par exemple, à chaque époque donnée, ils établissent des relevés précis des règles d’écriture, des règles du protocole et celles des familles seigneuriales (en fonction des régions également) . Dans le texte incriminé qu’ils ont analysé jusqu’au moindre signe de ponctuation, ils se sont aperçus que la formulation, le style, la syntaxe, le phrasé n’avaient pas de rapport avec les textes certifiés et authentifiés des auteurs présumés.

 Autrement dit, leurs analyses (c’était la série du lundi soir avec "les Experts- Valuègne aux archives"..) les ont conduit à émettre les plus larges doutes : au fil des études fouillées et précises conduites par plusieurs historiens, la conviction d’un document faux a été la plus forte . Une des remarques énoncées concernait la formulation du texte qui ne correspondait en rien aux autres manuscrits avérés des Comtes de Provence

ou ceux des Cartulaires de Saint-Victor de Marseille : c’est un peu comme si un texte actuel était déclaré écrit par un sociétaire de l’Académie Française alors qu’il aurait été rédigé dans le style gouailleur et argotique de Frédéric Dard dans San Antonio ... Ou alors si on essayait de nous faire croire que tel article de la miss Bono est paru dans les colonnes du Monde !!... 

Une autre observation qui a retenu toute l’attention des chercheurs c’est l’utilisation dans le document étudié de la particule . Dans le texte de la supposée charte, Gibelin est dit de Grimaldi mais à cette époque-là la particule "de" n’était pas en vigueur dans les écrits (car elle était une règle d’écriture italienne en cas de nécessité pour différencier des noms très proches).

Les deux auteurs du livre " Tourtour, chroniques d’un village du Haut-Var" ont fait (en 1985-1986) des recherches aux Archives Historiques de la Principauté de Monaco et ils ont acquis l’absolue certitude que la charte était un document fabriqué de toutes pièces par un faussaire qui avait réussi effectivement à berner quelques historiens médiévaux . Nicole et André Cabau ont également fait la preuve qu’aucun personnage de la famille des Grimaldi n’avait mis les pieds sur la région varoise avant la fin des années 1500 : donc, en se basant sur des fonds d’archives indiscutables, les deux auteurs ont rejoint le camp des chercheurs qui avaient prouvé la fausseté du document .

Cette charte reste un élément historique dans l’évolution de notre village mais elle fait partie de ces points précis qui ont été corrigés au fil des siècles, des études, des recherches et des analyses effectuées par des chercheurs spécialisés dans l’investigation historique . Un autre exemple est celui du fameux pont romain de Tourtour alors qu’il a été construit au Moyen-Age ....  

Notes annexes : 
** si vous désirez vous documenter sur l’auteur de l’Histoire Générale de Provence, l’Abbé JP Papon, vous pouvez aller consulter les 2 sites suivants (pour la vie et les oeuvres) :
www.abbe-papon.net/biographie.html
www.abbe-papon.net/oeuvres.html 

Un détail "phonétique" : à l’époque où il n’était pas encore abbé, le jeune Papon était surnommé (par ses camarades) JPP ce qui se traduit par Ji-Pé-Pé ... à noter que des quantités de décennies plus tard, un autre JPP s’est illustré sous le même acronyme ...(avec un maillot bleu et blanc : mais comme la 2ème guerre était passée par là -avec la collaboration à côté- ce JPP a préféré changer le "o" de Papon pour le "i" de Papin...

** Si vous voulez lire quelques chapitres du livre (cité ci-dessus) de l’Abbé Papon, vous pouvez consulter le site suivant :
books.google.fr/books

Un autre petit détail (et c’est aussi un petit service demandé..) : quand vous verrez notre Gibelin de Tourtour, celui qu’on appelle gentilment " Gibe", faites-lui une bise de ma part ... Il n’est pas de Gimaldi mais des Ribas, et dans le fond, ça lui va aussi bien !

 

Vos commentaires

  • Le 12 février 2011 à 21:31, par Goure En réponse à : La charte de Grimaldii

    C’est pas moi qui vais pinailler sur les tours et contours de la charte de Grimaldi, trop compliquée pour une petite Ampusianne !
    C’est pas moi qui irais faire la bise à Gibelin parce que je n’ai pas l’heur de le connaître..Sinon c’était bien volontiers.
    C’est pas moi qui vais critiquer le mélange de la charte et des Tourtourains du XXI° S, comme Marc Mal. et la Jugeotte... Ca me fait bien rigoler !
    Merci !

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