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La tradition de la prise des grives à la glu .

 La tradition de la prise des grives à la glu .

 

A Tourtour, la chasse est une activité qui garde une importance immense dans le village : aucun maire ne sera jamais élu s’il ne dispose pas de l’appui annoncé des chasseurs et les candidats qui ont voulu ignorer le pouvoir des "hommes en treillis" n’ont jamais connu le deuxième tour du scrutin ....
En ce mois de septembre, la chasse a commencé depuis quelques jours et les battues aux sangliers ont déjà bien fait parler la poudre ( à défaut, pour quelques uns des tireurs, de l’avoir inventée..). La chasse aux "cochons sauvages" est celle du gros gibier (avec les chevreuils) mais certains chasseurs tourtourains ne la pratiquent pas car ils sont beaucoup plus attirés par le petit gibier (lapin, perdreau, bécasse..et surtout la grive).

Autrefois, à Tourtour, il était fréquent qu’un chasseur revienne avec 20 ou 30 grives dans son carnier : on se souvient aussi qu’à certaines périodes fastes, le score pouvait atteindre 50 ou 60 petits volatiles ! Que de belles brochettes ! Aujourd’hui, la grive est bien plus rare et les spécialistes du village ont un peu de mal pour revenir avec le carnier bien garni  : les trois pros sur le podium de la grive sont Yves, André et Fabrice et quand on veut savoir quelque chose sur les chiqueuses, les draines, les chachas, les siffleuses ... c’est à eux qu’il faut s’adresser car ce sont les sources les mieux informées . Une de leurs pratiques de chasse à la grive consiste à utiliser des "appelants", des oiseaux qui ont été capturés et qui servent ensuite pour appeler d’autres oiseaux , qui vont se retrouver (hélas pour eux) sous le feu des fusils de chasse . Mais comment capturer les grives avant de les mettre dans une cage ...? La méthode traditionnelle consiste à utiliser la glu, cette colle très forte qui va emprisonner les oiseaux par les pattes .

Voyons comment se pratique cette méthode ancestrale dans notre village :

La première pratique de la glu remonte au temps de l’empire grec. Ce sont eux qui les premiers ont été les précurseurs d’une pratique encore ancrée dans nos traditions, exportée par la suite jusque dans la ville de Phocée (Marseille). Ce furent des boules de gui concassées qui jouèrent le premier rôle de pâte collante qui leur servit jadis à capturer les oiseaux par les ailes (la technique dite des baguettes tombantes) communément répandue aujourd’hui tout particulièrement dans le département du Vaucluse où cet usage a perduré (l’humidité qui règne dans ce département due aux nombreux cours d’eau qui le traversent rend difficile la capture des oiseaux par les pattes).

C’est vers 50 ans avant Jésus-Christ et l’arrivée des romains que la pratique se diversifia. La confection de leur glu était à base d’écorce de houx mise à macérer, ce qui leur permit d’obtenir une glu plus dure que la précédente. C’est ainsi que l’on procéda pour la première fois à la méthode dite de la "baguette fixe" (capture de l’oiseau par les pattes) dont nous avons gardé un très bel héritage dans notre région et essentiellement dans les départements du Var et des Bouches-du-Rhône où l’engouement pour cette méthode est encore bien présent. Les récits évoquent cette pratique bien avant l’ère chrétienne et ces deux procédés de glutage n’ont jamais été remis en cause pendant les ordonnances royales.

La glu, pratique ancestrale pour la capture des oiseaux

Il faudra attendre 1861 sous Napoléon III pour voir critiquée puis interdite l’utilisation des gluaux par les commisses agricoles (équivalent de la chambre d’agriculture actuelle). La contestation ne tarde pas à se faire connaître et dès 1862 maître Gay, avocat au barreau de Toulon, sénateur du Var combat énergiquement devant le sénat cette interdiction en prônant une utilisation rationnelle des gluaux afin d’éviter la capture des petits oiseaux. Efforts récompensés puisque par la suite cette intervention mit fin aux remarques évoquées.

Le XXème siècle connut lui aussi ses moments de polémique, en 1902 la convention internationale de Paris souhaite l’interdiction de l’usage des gluaux, toutefois notre code rural s’en défend et argumente sur l’objectif unique à savoir que la pose des gluaux ne devrait être utilisée que pour la capture des grives servant d’appelants. Par la suite, différents textes législatifs et institutionnels viennent structurer et encadrer cette pratique. Il est bien évident qu’à notre époque on ne pourrait accepter que la glu soit une forme de chasse pour attraper les grives et les textes législatifs et règlementaires sont donc là pour préciser les choses ...

En 1988, le tribunal communautaire du Luxembourg confirme cet usage, sous la réserve d’un nombre limité de prises et d’une sélection des oiseaux ainsi capturés. Sur le plan réglementaire, le 17 août 1989, un arrêté ministériel autorise l’emploi des gluaux dans les départements du sud-est de la France (à savoir le Var, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence, les Alpes-Maritimes). Notre conseil d’état en prend acte en 1992 suite à l’arrêté du tribunal international qui précise entre autres que cet usage est conforme vis à vis de la commission de Bruxelles, la loi récente sur le développement des territoires ruraux va dans le même sens et autorise l’emploi des gluaux. Vous l’aurez donc compris cette pratique ne date pas d’hier, elle fait partie intégrante de notre patrimoine et de notre identité.

Il est donc essentiel de préserver et de perpétuer cette pratique vivante et captivante, afin qu’elle ne devienne pas qu’un vieux souvenir ou un lointain passé, perdu au fond d’un musée... Nos chasseurs tourtourains sont là pour veiller à cette tradition !

appelant grive musicienne

 

 

Afin de vous informer sur les textes en vigueur, vous trouverez ci-dessous les grandes lignes de la règlementation concernant l’utilisation et la pose des gluaux dans les différents départements où cette chasse est autorisée
Mais en cas de doute, se rapprocher de la fédération concernée...(et le président des chasseurs varois est mr Mr Mézl, à Aups).

Extrait de l’arrêté ministériel du 17 Août 1989 modifié relatif à l’emploi des gluaux pour la capture des grives et des merles destinés à servir d’appelants dans le département du Var.
(modifié par la loi n° 2005-157 du 24 février 2005)

1. CONDITIONS GENERALES

Article 1 : l’emploi des gluaux pour la capture des grives draines, litornes, mauvis et musiciennes et des merles noirs, destinés à servir d’appelants à des fins personnelles, est autorisé dans les départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rône, du Var et de Vaucluse et dans les conditions strictement contrôlées définies ci-après afin de permettre la capture sélective, et en petite quantité de ces oiseaux, puisqu’il n’existe pas d’autre solution satisfaisante. (bon, alors ça va ...!).

Article 2 : Cette capture est autorisée pendant la période fixée annuellement par le préfet.

2. SPECIFICATIONS TECHNIQUES

Article 3 : Les gluaux sont posés une heure avant le lever du soleil et enlevés avant onze heures.(cela permet d’arriver à l’heure pour l’apéro....
Article 4 : Les gluaux ne peuvent demeurer posés qu’en présence du chasseur. Tout oiseau pris est nettoyé immédiatement.

Le port du fusil est interdit durant ces opérations.

Article 5 : Seuls les grives draines, litornes, mauvis et musiciennes et les merles noirs peuvent être utilisés comme appelants. Les appelants ne peuvent être ni aveuglés ni mutilés.
Article 6 : Le nombre maximum d’oiseaux pouvant être pris pendant la campagne, ainsi, le cas échéant, que les spécifications techniques propres à un département sont fixés chaque année par le ministre chargé de la chasse.

3. REGIME D’AUTORISATION

Article 7 : L’emploi des gluaux est soumis à une autorisation annuelle délivrée par le préfet au détenteur du droit de chasse sur le territoire où ils sont installés.
Cette autorisation ne peut être sollicitée que si des gluaux ont été licitement utilisés sur ce territoire au cours de la campagne précédente.

Article 8 : L’autorisation mentionne le nom de son titulaire et le cas échéant des autres personnes autorisées à utiliser des gluaux sur le territoire. Copie en est délivrée à chacun des bénéficiaires.
Elle doit pouvoir être présentée à tout instant sur les lieux.

Article 9 : Les gluaux ne peuvent être utilisés que par les titulaires d’un permis de chasser dûment visé et validé dans le département ou dans la commune limitrophe.

Article 10 : Tout utilisateur de gluaux tient à jour un état de ses captures qui doit pouvoir être présenté à tout instant sur les lieux.
Avant le 31 décembre, chaque titulaire d’une autorisation transmet au préfet l’état des captures effectuées.

Article 11 : Tout gibier autre que les grives draines, litornes, mauvis et musiciennes et les merles noirs capturé accidentellement est nettoyé et relâché immédiatement.


4. DISPOSITIONS DIVERSES

Article 12 : La commercialisation des grives et des merles noirs ainsi capturés est interdite, conformément aux dispositions de l’arrêté du 20 décembre 1983 relatif à la commercialisation de certaines espèces d’oiseaux.

Article 13 : Le contrôle du respect des dispositions ci-dessus est assuré par les agents habilités en matière de police de la chasse, et notamment par les gardes nationaux de la chasse et de la faune sauvage, sous la responsabilité du préfet.
Un détail : à combien (en pourcentage) peut-on estimer le nombre de lecteurs qui ont lu "article 13" et qui ont dit illico "reste raide" ... Les traditions se perdent !!

Dans le Var (83) : (en dehors des textes ministériels et préfectoraux des textes spécifiques peuvent être rédigés sur des zones précises) :

Si en 1862 les gluteurs plaçaient plusieurs milliers de gluaux, les gluteurs depuis 1987 et cela sur leurs propositions ont accepté les restrictions suivantes :
- surface de l’installation : 25 métres de rayon (autrefois plusieurs hectares).
- nombre de gluaux : 30 (autrefois jusqu’à plusieurs milliers).
- hauteur de pose des gluaux : 2 mètres (pour que les passereaux puissent passer dessous les gluaux).
- longueur de baguettes : 70 cm (une grive ailes ouvertes atteint selon l’espèce entre 35 cm et 45 cm ainsi avec le ballant du vol on atteint les 70 cm) ce qui permet la capture que d’un seul oiseau.
- période : 1er octobre au 15 décembre (donc limitée dans le temps).
- durée journalière de la pose : une heure avant le lever de soleil jusqu’à 11H00 (c’est à dire 10H00 du soleil).
- quantité d’oiseaux à capturer (par chasseur) : Environ 8/11 oiseaux par campagne, par commune (ou plutôt société de chasse) et par chasseur (quota départemental divisé par le nombre de détenteurs de carnet de prélèvement).
Sur Tourtour, le nombre autorisé est de huit (en fonction du nombre de carnets donnés sur la commune : un petit hic, certains prennent le carnet mais ne vont pas " à la glu " et pénalisent donc les autres qui n’ont que 8 oiseaux possibles ...
Le nombre de grives et de merles noirs pouvant être capturés par l’emploi de gluaux est fixé à 27000 par an dans le département

carnet de glu pour la capture des grives vivantes

Le "carnet de glu" pour mentionner le nombre de grives vivantes capturées

carnet de prélèvement pour la capture des grives vivantes

Bonne chasse ! et que les oiseaux soient respectés ! Une brochette c’est bon mais la "faim" ne justifiera jamais les mauvais moyens....

Vos commentaires

  • Le 22 septembre 2011 à 21:36, par Goure En réponse à : Les grives

    "A Tourtour, la chasse est une activité qui garde une importance immense dans le village : aucun maire ne sera jamais élu s’il ne dispose pas de l’appui annoncé des chasseurs et les candidats qui ont voulu ignorer le pouvoir des "hommes en treillis" n’ont jamais connu le deuxième tour du scrutin ...."
    A Ampus , idem.Aucune chance si on n’a pas les chasseurs avec soi !!
    Ca pose tout de même le problème d’un -e éventuel -le candidat -e qui serait capable ET anti-chasse. Balayé-e, c’est pas normal. Le lobby de la chasse est puissant comme d’autres lobbys...

    Mon père était chasseur. J’ai bien aimé la cage avec l’appelant. Il en avait plusieurs.

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Mis à jour le mardi 5 novembre 2019