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Les fours à cade à Tourtour à la fin du XIXème siècle.

 Les fours à cade à Tourtour à la fin du XIXème siècle. 

  

Sans guère de doute on peut avancer l’hypothèse que notre village (comme de nombreuses communes varoises) a eu plusieurs fours à cade mais nous n’en connaissons pas de traces encore visibles : avec le nombre important de génevriers dans les collines, les paysans devaient construire des fours et espérons qu’un jour, un chasseur ou un chercheur de girolles puisse en dénicher un exemplaire (hélas, la probabilité est assez basse...) . Par contre, on peut imaginer de trouver un endroit adapté (au-dessus du lavoir ou vers la Bastide Escarelle par exemple) où une bande de volontaires se mettrait dans l’idée de construire des traces du passé comme un four à cade et un four à chaux : ces constructions en pierre seraient des témoignages du patrimoine rural de notre région et de notre village . L’idée est lancée, si des tourtourains sont intéressés, on peut se lancer dans un projet. Et notre spécialiste en murs de pierres, ce cher Jean-Marc Simon, sera assurément ravi de nous donner quelques conseils...

Le cade ou juniperus oxycedrus, genévrier oxycèdre, cèdre piquant, fait partie de la famille des conifères, genre genévrier, dont trois espèces sont répandues dans nos régions, soit, outre le cade, le genévrier (juniperus vulgaris ou communis) et le « mourven » ou genévrier de Phénicie qui a la particularité de ne pas piquer. Le caractère commun aux trois espèces est d’avoir des baies qui mettent deux ans à mûrir. Ces baies sont de petite taille, quatre millimètres de diamètre, de couleur bleu-noir chez le genévrier, deux fois plus grosses environ et de teinte marron chez le cade et le mourven.

A noter : notre site a déjà consacré un article spécifique sur le cade, dans la rubrique "faune et flore " . Vous pouvez le retrouver en allant sur le lien suivant : "lou cadé, le génevrier".(article 226).
tourtour.village.free.fr/ecrire/

La grande longévité du cade lui permet de dépasser parfois dix mètres de hauteur. Seul l’oxycèdre donne de l’huile par combustion incomplète de son bois. Cette huile est un liquide brun foncé avec, par agitation, des reflets rouges, d’odeur forte rappelant le goudron fumant, aux propriétés médicinales exceptionnelles : et bien sûr, les fours à cade étaient construits pour permettre la fabrication de l’huile très utilisée dans la pharmacopée .

Pour les fours à cade voir aussi les 2 sites : 
http://revestou.fr/articles.php?lng=fr&pg=133
et www.google.fr/imgres

Les fours à cade se trouvaient dans les champs ou les collines du Var : là où poussait le génevrier cade, on construisait des fours cylindriques en pierre, le bois y était lentement consumé et on récupérait l’huile dans la partie basse du four. Dans les années 1945, les distilleries modernes ont supplanté ces méthoses artisanales.

  

Historique  : Avant guerre (celle de 1914), la fabrication de l’huile de cade était une ressource importante d’un foyer, la transmission du savoir-faire se faisait oralement car le secret de famille devait être bien gardé.(c’est un peu comme les chercheurs de truffes !..). De père en fils la tradition se perpétuait ainsi sans aucun écrit.
L’huile de cade est un liquide limpide, homogène et noirâtre extraite par combustion incomplète du Génévrier oxycèdre (Juniperus oxycedrus).
Une précision, l’huile de cade ne s’utilise pas dans l’alimentation et souvent, pour les non-initiés, la confusion se fait avec une "cade", qui est une spécialité de Toulon, une sorte de quiche génoise à base de farine de pois chiches et qui se mange chaude.Afficher l'image en taille réelle(elle est plus épaisse que la socca qui vient de Nice et il ne faut pas non plus la comparer - même si tous les ingrédients sont identiques).


La véritable huile de cade est un produit uniquement à usage externe. C’est un produit généreux aux applications multiples qui justifie le travail colossal des artisants pour construire et exploiter les fours. 

La Cosmétologie : les femmes, en Provence, l’utilisaient à raison de deux ou trois gouttes dans une bassine d’eau pour se rincer les cheveux, après un lavage au Savon de Marseille. On peut être étonné d’une dose si modeste, mais de nos jours les shampooings modernes vendus dans le commerce n’en contiennent que 0,2 à 3%. Il se raconte qu’à Tourtour, Thérésine Blanc en avait mis la valeur d’une cuillerée à soupe et que les grives venaient se poser sur sa chevelure.....

  

Dans l’état actuel de nos recherches locales et en fonction des témoignages fiables recencés, rien ne permet d’assurer la présence de fours à cade à Tourtour . Malgré tout, avec le nombre de génevriers présents dans le village, il paraîtrait curieux qu’aucun four n’ait jamais existé à Tourtour. D’ailleurs, une petite idée : puisque l’on sait que ces fours étaient une tradition villageoise dans le Var, pourquoi ne pas envisager la construction d’un four à Tourtour . L’emplacement , à une trentaine de mètres du lavoir, face au village, aurait belle figure... (je sais, ça fait 2 fois que j’en parle, mais faut insister ..).

Médecine humaine : L’huile de cade (à ne pas confondre avec celle de coude..) était à la base de la majorité des pommades et onguents destinés au traitement des kératoses du cuir chevelu, des hyper-kératoses, du psoriasis, des eczémas chroniques, des teignes, de l’acné et de l’impétigo. Elle rentre aussi dans la composition de savon médicamenteux et également dans le très connu savon Cadum (eh oui, cade - Cadum, ça étonne un peu hein ?)

Médecine vétérinaire : Tous les bergers utilisent, encore couramment, l’huile de cade et les vétérinaires y ont, parfois recours, après un échec des produits modernes. (notre ami Gibelin est un utilisateur éclairé de ce produit..).
Toujours d’actualité dans le traitement de la gale du cheval, du mouton, de la chèvre, du porc et du chien. Efficace pour les fissures des sabots des équidés ou le "crapaud"

(polodermite végétante détruisant le plancher du sabot des équidés encore appelée piétin chez le mouton).
Elle est remarquable dans le traitement de la teigne, les eczémas et plaies atones.
L’huile de cade est un parasiticide puissant : une goutte appliquée à l’aide d’une paille sur la tête des tiques les tue et elles chutent dans les douze heures.
Elle est excellente pour raffermir les coussinets des pattes des chiens. Certains bergers, ont, fortuitement, découvert qu’on pouvait lutter contre le météorisme d’un mouton glouton qui a absorbé trop d’herbe mouillée. Ils enduisent une cordelette, la font passer dans la bouche des moutons atteints afin que ceux-ci la mâchouillent, ainsi l’huile est obligatoirement avalée.
D’après les croyances traditionnelles en Provence, un badigeonnage d’huile de cade peut faire cesser certaines nuisances : arrachage des plumes de volailles, attractions des chiennes en chaleur, éloigner des animaux indésirables...(pour évaluer ses talents d’apprentie-sorcière, la mère Genet a aspergé cet été la placette de plusieurs litres d’huile de cade car elle se plaignait de nuisances sonores : mais pour parfaire le dispositif elle a aussi demandé l’aide des gendarmes et des services fiscaux ...c’était donc l’union du CADE et du CAS (comité d’action civique....).Allez, revenons ....

 

 vue extérieure 

Extérieurement, les fours sont des constructions massives en grosses pierres sèches, sommairement équarries, mais parfaitement appareillées. Les dimensions sont imposantes : 5 à 7 m de long, 3 m de large et de 2,5 à plus de 3 m de hauteur. (évidemment, on trouve aussi des dimensions bien plus réduites). 
La façade présente en son milieu un profond renfoncement que les enguentiés ou inguentiés (fabricants d’huile de cade) appelaient "la voûte".
Le plafond était réalisé en pierres plates montées en encorbellement, comme dans les bories.
Son plancher est constitué par un large moellon réfractaire, carré, de 30 cm de côté pour une épaisseur de 3 à 4 cm. Il débordait de l’assise de quelques centimètres afin de constituer une lèvre sous laquelle une cornue réceptionne l’huile fumante, une légère inclinaison facilite l’écoulement.
La porte de 23 à 25 cm de large sur 30 de hauteur est bordée de briquettes. Elle doit être assez large pour le passage des morceaux de cade incandescants qui sont recueillis en fin de distillation pour en faire du charbon.


L
a voûte protège la cornue de toute souillure par le vent et la pluie. Son orientation est perpendiculaire aux vents dominants. De chaque côté s’ouvre un large tunnel de 70 cm à 1,00 m de long destiné au tirage et à l’alimentation du foyer qui débouche à l’extérieur par un évent de 40 cm de long sur 35 cm de hauteur. Les toits de ces tunnels sont faits de pierres plates aux joints surmontés d’autres pierres pour empêcher la terre de s’infiltrer.
Enfin, l’arrière du four appelé la "queue" est un plan incliné de 2,50 m à 3,50 m de long avec un escalier de pierre.

 coupe 

A l’intérieur du four, au centre, se trouve le "fàbi", sorte de jarre renversée, dont la hauteur varie de 1,70 à plus de 2,00 m pour un diamètre de 0,90 m à 1,00 m. Le socle en forme de vaste entonnoir est régulièrement évasé et repose sur un moellon carré pour la réception de l’huile. C’est le cul du four.
Le fàbi est construit en morceaux de tuiles fixés par de l’argile blanche et de briquettes réfractaires. Plus en arrière, la chambre de chauffe. Un mur intérieur en grosse pierre délimite la fosse centrale. Il épouse la forme de jarre tout en laissant un espace de 15 cm qui permet aux flammes de tourbillonner autour de la marmite.


Mode d’emploi : Le bois de cade est préalablement coupé en bûchettes de 20 cm de long et quelques cm d’épaisseur. Il est placé dans la jarre par l’orifice extérieur accessible par l’escalier. Elle contient 150 à 200 kg de bois. Puis elle est hermétiquement close par une pierre et de l’argile. Puis toute la partie supérieure est recouverte d’une épaisse couche de terre. A partir des tunnels latéraux, la chambre de combustion est bourrée de fascines et de tous les bois disponibles de la forêt. Sous l’effet de la chaleur, le cade dégage une fumée blanchâtre qui s’échappe par la porte de la voûte. Rapidement, un liquide de faible densité "l’eau", qui provient de l’aubier s’écoule. La fumée prend, alors une teinte bleuâtre annonçant l’huile vraie.
L’enguentié s’empresse de changer la cornue de réception. Le feu est maintenu intense tant que l’écoulement de l’huile est rapide. La quantité de combustible est énorme. A l’intérieur de la jarre la température est de 250°C. Lorsque le débit ralentit, on recharge le foyer et on obture les évents pour obtenir, de nuit, une combustion lente, "à l’étouffée". Le lendemain, de bon matin, on vide la jarre. Le cade est jeté dans un étouffoir. Ce charbon constitue un sous-produit recherché pour ses vertus odoriférantes. On débarrasse le foyer à l’aide d’une grande pelle métallique, et l’on regarnit en s’aidant d’une fourche à deux dents métallique également qu’on appelle "le diable". Et l’on recommence pour un nouveau cycle. Le travail dure ainsi pendant 4 à 6 semaines.Et n’oublions pas qu’aux alentours des années 1850 à 1910, l’huile de cade était un apport financier qui faisait du bien au pouvoir d’achat de beaucoup de familles .

Une fournée donne de 15 à 20 l d’huile. L’huile chaude est versée dans un grand baquet de bois, la baille ou baio, là, elle décante pendant 24 heures. On la sépare de la boue ou du goudron en la versant dans des gros tonneaux ou cuves en bois de 200 litres environ. 
Si nos anciens avaient mal au dos, ce n’était pas, comme de nos jours, pour un manque de musculation, mais par excès de travail !

Encore une fois, pour insister : et si on construisait un four à cade à Tourtour ? on va y penser ... Et en plus, on pourrait l’utiliser parfois, par exemple pour la fête du village ou/et pour les Journées du Patrimoine... Faut y réfléchir ...

 

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