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Accueil > Vie du village > 11 . L’ Ecole . > L’école à Tourtour au début du XXème siècle. > Les leçons de morale à l’école de Tourtour .

Les leçons de morale à l’école de Tourtour .

  Les leçons de morale à l’école de Tourtour .

Un petit rappel préliminaire : cet article est inscrit dans la rubrique intitulée " L’école à Tourtour au début du XXème siècle "... Malgré tout quelques phrases seront à mettre en rapport direct avec nos années 2010, (et même, avec des résultats d’élections cantonales de mars 2011 où la percée de certaines idées a été significative...).

 

Les petites phrases de morale étaient écrites sur le cahier du jour (c’était en dessous de la date) mais certains maîtres voulaient que les enfants utilisent un cahier de morale (on l’appelait souvent aussi le carnet de morale ). Avec ce cahier spécial, les enfants pouvaient avoir une trace écrite de toutes les leçons de morale sur un même support (comme le cahier de récitations-poésies ou le cahier d’histoire-géographie).

 

A l’école de Tourtour,, comme dans beaucoup d’écoles, les enseignantes sont confrontées à ces notions parfois un peu abstraites qui structurent les enfants et que nous devons prendre en compte. Le mot de "morale" appartient à un vocabulaire qui suscite souvent méfiance, suspicion et polémique. Pour certaines voix qui parlent fort, on parlerait trop de morale et cela serait une preuve de l’aliénation sociale vécue en ce siècle décadent : il ne faudrait donc pas soulever cette question .... Mais d’autres voix ne disent pas la même chose et ne chantent pas le même refrain ...


Depuis de nombreuses années, les divers Ministres de l’Education Nationale (Ferry, Chevènement, Bayrou, Allègre, Lang, Royal, Robien, Darcos...) se plaisent à rappeler que l’Ecole ne fait plus ceci, a abandonné cela (et ceux-là) et ils réclament en choeur le retour aux fondamentaux (lecture, écriture, calcul) . Les observateurs de la chose publique insistent sur la perte des valeurs et des repères, sur les conséquences violentes du laxisme éducatif. Pour peu, les émeutes des banlieues seraient causées par le corps constitué des professeurs des écoles, tous réunis dans un complot visant à la destruction programmée à long terme d’un capitalisme aliénant... Allez, pas tant d’accusations et pas tant de paranoïa.... Bien sûr, aucun éducateur ne néglige les notions de morale, de loi, de respect, de civisme, de citoyenneté, de solidarité et sa pratique quotidienne de classe lui offre très souvent l’occasion d’aborder toutes ces questions avec les élèves.

Mais autrefois, comment se passait la leçon de morale ? (c’est quand même le sujet de l’article ) .

  Les livres de morales de nos grands-mères 

Les anciens vont s’en souvenir......
A l’école primaire, au tableau noir, juste en dessous de la date du jour, était écrit, en belles lettres cursives : Morale. Et suivait une courte maxime, une citation, un principe, un proverbe, un conseil, une phrase « de morale ». Elle changeait chaque jour, et restait écrite au haut du tableau toute la journée. (Parfois , elle était écrite sur un tableau d’ardoise posé sur un chevalet).
 Le livre de morale 1913

 
Souvent empruntée à la littérature classique, à la poésie, voire aux préceptes religieux, cette « morale » glissait aux oreilles des enfants, tout doucement, quotidiennement, des principes de bon sens quant à la vie en société :  La « morale » était commentée en quelques phrases au début de la journée, sans pression, (on va dire " sans leçon... de morale "), et donnait l’occasion d’échanges plus ou moins longs. Nous apprenions ainsi des bribes de la vie sociale, des éléments de la vie en société. " Travaillons à bien penser " à " Rien ne sert de courir, il faut partir à point ", du " Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas que l’on te fasse " à " Se respecter, c’est apprendre à ne pas se gaspiller ", du La seule valeur, c’est le travail " à Marche sur le côté gauche de la route, face aux voitures ", en passant par Un bienfait n’est jamais perdu " ou par Le bonheur n’est pas d’avoir, mais d’être ". Les enfants, s’imprégnaient peu à peu d’une philosophie de la vie. Comme ça, par petites touches quotidiennes. La solidarité, la politesse, les devoirs envers soi–même et envers les autres, l’amitié, le travail, l’amour de la Patrie, telles étaient les valeurs enseignées.
Bien sûr, aujourd’hui (en tout cas jusqu’à aujourd’hui) la séance de "morale" n’est plus codifiée à ce point, elle n’est pas une valeur transmise par insémination orale ou écrite, elle n’est pas dispensée à l’heure de la messe.... Les enseignants utilisent les moments de vie quotidienne pour revenir aux notions de respect, de générosité, de politesse... Exemple : si, dans la cour de l’ école , la maîtresse s’aperçoit qu’un enfant est mis de côté par ses camarades, l’enseignant en parlera en classe pour connaître les raisons de ce rejet (aspect physique, origine des parents, religion....) .Les enfants peuvent et doivent s’exprimer, s’expliquer, et ensuite chacun compendra la nécessité d’une règle sociale basée sur des valeurs humaines.

Un détail : en 2007, un grand polito-pédagogue français a lancé une phrase célèbre qui aurait mérité de figurer sur les tableaux d’ardoise : " Travailler plus pour gagner plus ...". Des millions de personnes regrettent que cette grande idée libérale ne soit restée, en fait, qu’une formule creuse et fausse (et qu’elle n’ait donc jamais pu être écrite par un enseignant sur le tableau de sa classe ...).

Pour la leçon de morale, le maître (ou la maîtresse) racontait parfois une histoire un peu plus longue : la Chèvre de Mr Seguin était un bel exemple : le conte de Daudet est raconté depuis des décennies et des centaines de milliers d’enfants ont eu les larmes aux yeux quand la chèvre, harassée de fatigue est dévorée par le loup au petit matin .
Cette histoire est un support idéal pour la discussion, l’échange, le débat : la notion d’indépendance, la soumission, la liberté, l’obéissance, la prudence, le danger... 

En plus, à Tourtour, les chèvres d’Armand ont toujours été célèbres : et l’on sait aussi que des loups rôdaient au plan de Canjuers ... 

Parfois, cette morale était mise à mal par l’expérience. En 10ème ou en 9ème (on ne disait ni CE1 ni CE2, à l’époque, en 1900-1920), citation d’une morale incompréhensible : « On ne répond pas à la violence par la violence »... Comment alors se défendre contre la violence de l’autre. Fallait-il se laisser faire ? Fallait-il tendre l’autre joue, comme on l’apprenait par ailleurs au catéchisme ? Là aussi, dans la cour des écoles , on a souvent cette réaction d’enfant et l’explication comme quoi l’enfant ne doit pas se venger mais s’adresser à l’Adulte, ne recueille pas tous les suffrages...Certains papas sont trop fiers de dire "mon fils ne doit pas se laisser marcher sur les pieds ! Et si quelqu’un le tape, il lui rend la même chose...". Et ensuite, quand les maîtresses sont devant le conflit en cours de récréation, la question n’est pas simple ...

Ci-dessous, le 27 novembre 1929, la phrase écrite sur le cahier : "C’est n’être bon à rien que n’être bon qu’à soi-même " ...Sans doute une petite leçon sur l’égoisme mais on se plaît aussi à imaginer une discussion sur les hommes politiques...


En fait, ces leçons de morale de l’époque permettaient aux enfants d’organiser la vie sociale, de la comprendre peu à peu, d’établir quelques unes des règles nécessaires à celle-ci.



On dit que les enfants d’aujourd’hui se comportent différemment, qu’il n’y a plus ( ou moins) de respect et de considération pour les autres. Vrai, faux ? Cependant, il semble que ces petites règles de vie en société " Sur le trottoir, laisse la place à la personne agée qui te croise", " dans le bus, laisse la place à une dame âgée ou une femme enceinte ", " les merci, s’il vous plaît, pardon, je vous en prie, excusez-moi ", se perdent peu à peu. On entend de plus en plus parler d’incivilités et de non-respect des contraintes sociales et cela par des enfants de plus en plus jeunes ... 

Mieux, pire .. ? A nous, à vous, à eux, de réfléchir à l’autre, de penser aux autres et de conduire nos actions en regard de toutes ces valeurs éducatives que l’enfant doit recevoir, d’une manière ou de l’autre. Et un jour, il saura les partager.

Pour pouvoir conduire des recherches dans les archives concernées et rédiger ensuite cet article, nous avons bénéficié d’un financement conjoint entre l’Académie de Nice, la Mairie de Tourtour, le Conseil Général du Var et le diocèse de Draguignan.... Tous ensemble, tous ensemble !!!

 

 

 

Vos commentaires

  • Le 27 mars 2011 à 22:49, par Goure En réponse à : Morale à l’école

    Je suis de l’ancienne école , en tant qu’élève et en tant que professeur de collège.
    J’ai toujours eu de bons rapports avec mes élèves et je n’ai pas rencontré de problème majeur.La morale et le respect allaient de soi et se vivaient chaque jour.
    MAIS où les choses sont différentes de nos jours , c’est que la VIOLENCE est entrée dans ’école.
    Il y a dix jours , ma fille , professeur d’anglais à Draguignan s’est fait agresser physiquement : coups de poings dans la figure : ITT de six jours , arcade sourcilière ouverte, oeil au beurre noir. Motif du tabassage : remarque:on ne doit pas utiliser son téléphone dans l’enceinte du collège !Voilà où on en est !
    La morale aurait du bon !
    Et nous ne sommes pas des rétrogrades dans la famille

  • Le 28 mars 2011 à 10:17, par Gilbert Giraud En réponse à : Morale ...

    Chère Rose, tous nos encouragements pour ta fille dans cette difficile épreuve : sans aucun doute, avec ton aide et celle de ses collègues, saura-t-elle surmonter cet épisode douloureux pour poursuivre sa mission éducative qui a, de nos jours, encore plus d’importance dans une société traversée par des conflits de toutes sortes . A bientôt.

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Mis à jour le samedi 18 novembre 2017