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Les vers à soie .

 Les vers à soie .  

 Bombyx du mûrier à différents stades 

Il est un peu vrai que sont rares ceux qui voient aujourd’hui des vers à soie autour du village... Mais autrefois, l’élevage du bombyx faisait partie intégrante de la vie économique des villageois de Tourtour (comme dans beaucoup de communes du Haut-Var).

Historiquement, plusieurs rois de France voulurent implanter l’élevage du ver à soie afin de diminuer le coût de cette étoffe très chère provenant de Chine uniquement. Dans la région provençale, le mûrier pousse très bien et l’élevage connut un grand essor : à Tourtour, jusque dans les années 1920, de nombreux paysans s’occupaient également de cet élevage qui permettait un surplus de revenus. Au Cannet des Maures et à Trans, de grosses usines traitaient la production des villages varois.

 Quelques renseignements sur le ver à soie, l’élevage, les cocons et la soie. 

Les vers à soie se nourrissent exclusivement de feuilles de mûrier (=morus alba) qu’il ne faut pas confondre avec le roncier dont les fruits s’appellent "mûrons" mais que l’on appelle couramment à tort "mûres", ces dernières étant le fruit du mûrier.

Il faut choisir des feuilles "charnues", contenant une forte teneur en eau et non des feuilles dures et sèches. Au début du développement des larves, il faut choisir les jeunes feuilles près du bourgeon terminal des rameaux (à l’exception des 2 premières) ; puis, au fur et à mesure que les vers grandissent, il faut leur donner des feuilles plus "mûres" prisent en "descendant" le long des rameaux. Les feuilles doivent être fraîches (ramassées quotidiennement et gardées au frais) et non mouillées.

Durant les 3 premiers âges larvaires on doit couper en lanières les feuilles de mûrier avant de les distribuer aux vers. De fines lanières d’une largeur égale à la longueur de leur corps (environ 5mms pour le 1er âge, 1cm pour le 2ème âge, 2 cms pour le 3ème âge). C’est seulement à partir du 4ème âge qu’ils mangeront des feuilles entières.

  

A titre d’exemple, pour 50 chenilles, le 1er âge peut se réaliser dans une boîte d’environ 50 cm2 en disposant à chaque repas environ une couche de feuilles coupées en lanières, le 2ème âge dans une boîte d’environ 100 cm2 en disposant environ 1 à 2 couches de feuilles coupées à chaque repas, le 3ème âge dans une boîte d’environ 100 à 200 cm2 en disposant environ 2 à 3 couches de feuilles coupées à chaque repas, le 4ème âge dans une boîte d’environ 4OO cm2 en disposant environ 3 à 4 couches de feuilles entières à chaque repas, le 5ème âge dans une boîte d’environ 5OO cm2 en disposant environ 5 couches de feuilles entières à chaque repas.

Comment savoir si vos vers à soie ont assez à manger ? : Si, au moment de la distribution du repas, il ne reste du repas précédent que les côtes et nervures des feuilles (les parties dures inmangeables), vous devez leur donner un peu plus de nourriture ; par contre, s’il reste beaucoup de feuilles tendres non mangées, vous leur avez donné trop de feuilles au repas précédent. 

 

L’élevage doit s’effectuer à une température proche de 23°C dans une atmosphère humide (80%). Si la température est moins élevée, vos vers se développeront plus lentement, voire même mourront. Si l’air est trop sec, la feuille de mûrier sèchera très vite, les vers ne mangeront pas assez et ils auront des difficultés pour muer.

On distribue 4 repas par jour à intervalles les plus réguliers possibles. Les feuilles de mûrier sont déposées sur les chenilles. Les vers grimpent sur les feuilles nouvellement distribuées pour venir manger.

Pour réussir son élevage il faut éviter de toucher les vers, on doit se désinfecter les mains avant toute opération et changer la litière au moins une fois par âge (=délitage). Pour cette opération, on utilise des filets ou des papiers perforés de trous plus ou moins gros selon la grosseur des vers . Au moment de la distribution du repas, on dispose sur les vers le filet puis la feuille de mûrier fraîche . Attirés par la nouriture, les vers à soie montent à travers les trous pour venir manger . Il suffit ensuite de déplacer le filet sur lequel se trouvent les vers et d’évacuer la vieille litière qui est restée dessous.

  

Après chacun des 4 premiers âges larvaires les vers à soie cessent de se nourrir, filent quelques brins de soie pour se fixer et s’immobilisent. Les chenilles ne doivent plus être dérangées, plus alimentées, on n’effectue plus de délitage, c’est le temps de la mue, elle dure au maximum 2 jours. Lorsque la majorité des chenilles a mué, on réalimente. Les mues en fin de 1er âge et en fin de 2ème âge sont difficiles à observer à l’oeil nu. 

 Montée en cocons :  

C’est au cours des 7 premiers jours du 5ème âge que le ver à soie mange la plus grande quantité de feuilles de mûrier. Ensuite son appétit va en diminuant. Il change de couleur, devient comme translucide. Il rétrécit un peu à la suite du vidage du tube digestif puis commence à bouger dans tous les sens la tête dressée. Il va falloir encabaner. L’encabannage consiste à disposer des branchages secs autour des vers pour qu’ils montent dedans afin d’y confectionner leur cocon. La durée du filage du cocon est d’environ 4 jours. C’est seulement lorsque le ver à soie sera devenu chrysalide et que le cocon sera dur, qu’il pourra être manipulé.

 

 Magnanerie

 

En Chine, on attribue la découverte du ver à soie à l’impératrice Xi Ling-Shi La légende raconte qu’elle buvait du thé sous un mûrier lorsqu’un cocon tomba dans sa tasse. En voulant le récupérer, un fil de soie douce s’en détacha et plus elle tirait, plus le fil s’allongeait… L’enroulant autour de son doigt pour pouvoir tirer encore, elle ressentit une chaleur agréable. L’impératrice en parla autour d’elle, et cette découverte se propagea, la sériciculture était née. Cette légende, la plus connue, n’est que l’une des nombreuses pour expliquer la découverte de la soie. Actuellement, afin de rentabiliser sa sériciculture, la Chine a développé toute la filière industrielle.

Depuis 1850, à cause de son importance économique et de sa longue histoire, le ver à soie sert de modèle biologique aux chercheurs. Le génome du ver à soie a été l’objet de nombreuses études et expérimentations. Aujourd’hui, il peut être modifié génétiquement grâce aux travaux de scientifiques français, japonais et américains, dans l’espoir de produire un fil aux qualités nouvelles et étonnantes. Pour réussir cette modification, on intègre au patrimoine génétique du ver à soie une protéine naturellement fluorescente. (dans le domaine pharmaceutique, les recherches battent leur plein : Thierry Coste est sur le coup !).

 

La race européenne de Bombyx mori possède un seul cycle annuel (voir schéma ci-joint).

L’oeuf fécondé, après une période de repos de plusieurs mois, donne naissance au jeune ver à soie après une douzaine de jours d’incubation. Commence alors le développement de la chenille (=larve) qui dure environ un mois (la durée dépendant de la température et de l’hygrométrie).

Ce développement est discontinu.  Il est constitué de 5 âges larvaires pendant lesquels la chenille se nourrit et grandit. Cette croissance est très importante, le ver à soie multiplie son poids par 10.000 en un mois.

Entre chaque âge larvaire, la chenille s’immobilise, cesse de se nourrir et de croître, s’enveloppe d’un nouveau tégument et abandonne son ancienne peau : c’est la mue.

Le cinquième âge larvaire se termine par le filage de la soie et la construction du cocon. Le filage du cocon demande 4 jours.

A l’intérieur du cocon, la larve va se transformer et quitter sa dernière peau. Cette étape qui dure 2 à 3 jours conduit à la nymphe (=chrysalide).

La métamorphose durera une douzaine de jours pour aboutir au papillon. Dès la sortie du cocon (=émergence), les papillons peuvent s’accoupler. Les femelles pondent des oeufs de couleur jaune(=graine) qui se collent au support ; seuls les oeufs devenus gris au bout de 2 jours ont été fécondés . Le développement de l’embryon cessera rapidement. Cette phase d’arrêt, qu’on appelle diapause, durera plusieurs mois.

Diapause :
Les oeufs fécondés, une fois pondus, ont besoin d’une période de 5 mois au chaud entre 22 et 24°C (=estivation) puis de 5 mois au froid à 5°C (=hivernation) avant de pouvoir éclore.


Eclosion : 

En fin de diapause, les oeufs doivent être incubés pour obtenir l’éclosion des jeunes larves. L’incubation consiste à réchauffer progressivement les oeufs jusqu’à 24°C dans une atmosphère humide : 80%. En pratique, mettre les oeufs dans une petite boîte aérée. Cette boîte peut elle même être installée à côté d’un récipient rempli d’eau, dans une pièce normalement éclairée (rythme jour-nuit).

Une douzaine de jours plus tard (la durée dépendant de la température) les larves écloront. Elles mesurent quelques millimètres de long et sont très velues. Lorsque le nombre de larves écloses est suffisant, fournir la nourriture. Ne pas laisser les vers à soie jeûner plus de 48 heures .

Peut-être, un jour prochain, reverra-t-on des cocons de vers à soie ! Tourtour qui fête l’oeuf !

Vos commentaires

  • Le 23 octobre 2009 à 20:31, par Michel Giraud En réponse à : Vers à soie

    Liquider l’épopée du ver à soie à Tourtour en 2 lignes c’est un peu court, aussi je me permets d’ajouter - sans réécrire un article - quelques précisions.

    Le ver à soie a constitué une grande importance économique dans toute la Provence au XVIIIème, XIXème et début du XXème siècle et les paysans tourtourains n’étaient pas les derniers à participer à cette culture. D’après ce que m’a raconté Pascalis Giraud l’élevage était un très gros travail, mais rémunérateur. Chaque producteur tourtourain se procurait 10 à 20 grammes de "graine" et pour nourrir ce "cheptel" les chemins s’animaient de lourdes charrettes de branches de mûrier tout au long de la journée et pendant un bon mois. L’encabanage se faisait à l’aide de branches de genêt. Les paysans élevaient seulement les vers et ne s’occupaient d’aucune autre activité séricicole. Une fois les cocons formés des intermédiaires passaient les récolter et payer le travail "d’engraissement".

    Le mûrier était le deuxième arbre cultivé dans le Var, derrière l’olivier. On en comptait 400 000 à la fin du XIXème siècle. Dur à imaginer aujourd’hui quand on voit les quelques rescapés en bordure de champs ou le long des chemins.

  • Le 24 octobre 2009 à 13:13, par Gilbert Giraud En réponse à : Caro cuggino....

    Caro cuggino, tu es rédacteur dans notre site et tu connais les petites difficultés liées à la véracité des faits, aux compléments d’informations et au partage des compétences . Un des objectifs du site sera atteint lorsque d’autres tourtourains que nous pourront apporter leurs savoirs, leurs souvenirs, leurs contradictions et parfois leurs encouragements. Dans l’article sur les vers à soie, le but a été atteint : tu te sers de souvenirs de Pascalis, tu les fournis au forum, je les rajouterai sur l’article, voilà ce qu’il faut. La mise à jour, les correctifs, les rajouts, les précisions sont des éléments que nous devons pratiquer avec modestie et pédagogie : c’est ainsi que le site pourrait être un espace de partage au bienfait du village. Tu es garant de certaines valeurs patrimoniales et tant mieux si d’autres s’associent à nous . Bisous.

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Mis à jour le dimanche 19 août 2018