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Marie, elle en prend ...

 

 

Marie, elle en prend....  

 

Ce que l’on peut entendre au comptoir du Bar des Ormeaux de Tourtour relève le plus souvent de la tradition provençale millénaire, celle de la galéjade et de la bouffonnerie méridionnale. Mais attention ! il ne faut rien louper ou arriver en retard dans la discussion sinon on perd toute la substantifique réalité du débat .

J’ai connu pareille déconvenue pour Pâques 2009 : le temps froid et le vent fort ne permettaient guère un apéro sur la terrasse et la foule des grands jours de la semaine sainte se pressait donc autour du comptoir. Quand je suis arrivé, ambiance déjà garantie et niveau sonore au sommet : il est vrai qu’avec Jean-Louis, Jean-Charles et Gilles dans la même salle, on ne pourrait même pas lire un seul article de Var-Matin (ce qui ne ne demande pourtant pas une attention des plus soutenues..).

Après les mains serrées et les bises collées, on me propose un verre de rosé bien frais : Gilles de Saint-Pierre (il reste quelques familles nobles à Tourtour) avait apporté un bocal préparé par Michelle Gallin, une spécialité de tradition réunionnaise à base de petits légumes cuits et imbibés d’une sauce pimentée si forte qu’elle aurait réussi à ragaillardir les joueurs de l’OM pour les soirs de championnat... Avec du pain frais ça passe tout seul mais il reste malgré tout une petite irritation sur la langue qui réclame immédiatement une petite lampée de rosé qui procure alors un soulagement tel que l’envie de la tranche piquante revient au galop : cet enchaînement conduit irrémédiablement à une spirale infernale dont on se sépare très difficilement !

Entre deux bouchées et trois goulées, on arrive à écouter ce qui se dit autour des tables et du comptoir mais ce n’est pas toujours limpide. Debout, le grand Jean-Louis (l’immigré de Léningrad) avec sa voix de stentor de la tribune présidentielle de Mayol, décoche un tonitruant :

« moi je vous le dis tranquille, ça c’est sûr que Marie elle en prend, oh pauvre ! elle en prend ! ».
En un dixième de seconde, je parviens à m’échapper du rosé et du piment vert pour poser mon attention sur cette phrase affirmative pleine de sous-entendus et d’hypothèses : mais c’est de quoi qu’elle prend Marie ???


Dans ces cas-là, vous tentez de trouver très vite l’énigme pour pouvoir suivre le reste du débat qui s’installe mais le solide et le liquide ayant commencé leur oeuvre destructrice de neurones m’ont quelque peu empêché d’échaffauder des pistes de réflexion. Surtout que la blondinette Cathy (Eric était fatigué, peuchère) enfonce encore plus le clou du mystère :

« On peut même dire qu’elle en a pris, qu’elle en prend et qu’elle continuera à en prendre ! ».

Le genre de phrase qui ne vous rassure pas sur votre aptitude à résoudre la clé du message qui est codé pour vous mais dont les autres connaîssent la combinaison d’accès . Allez, fais un effort, lyonnais, réfléchis ! Et j’échaffaude.......

 

Nous sommes samedi, Yvan est au comptoir, on doit donc parler de viande et du boucher sur le marché : Marie, de la viande, elle en prend, elle en a pris . Ouais ! Peu probable ! Michel Loquès est là aussi : parlerait-on des légumes de la Pétrussière ? Non plus. Bien sûr, pour me sortir de l’imbroglio, j’imagine Marie qui prend .... ses jambes à son cou, le taureau par les cornes, des vessies pour des lanternes, ses désirs pour des réalités ! Chaque hypothèse ne me semble pourtant pas tenir face au contenu hautement intellectuel de la discussion.

 

Gilles est à deux doigts de m’aider avec son petit grain de sel : « avec le congre qu’il a Jean-Charles, c’est normal qu’elle en prenne et qu’elle veuille encore en prendre longtemps !! » . Là, j’avoue que ma réflexion a fait un bond et que j’ai émis la piste d’une situation légèrement graveleuse qui effleurerait des aspects intimes de la vie du couple. Heureusement, la réponse de Marie « tu parles, son congre, il le rentre souvent mais il le ressort tout de suite » m’a tout de suite montré que je n’étais pas sur la bonne voie, la réputation varoise de notre rabassier ne supportant aucun doute sur ses compétences à maîtriser l’heure de sortie de son poisson de roche...

A notre époque, à Tourtour, entendre l’expression « elle en prend », peut nous conduire à penser à une consommation d’une herbe locale qui ne rentre pourtant jamais dans la composition du bouquet garni de la daube provençale ni à côté du basilic dans la soupe au pistou. Mais connaissant Marie, je sais que cette idée ne peut pas être ne serait-ce qu’entrebaillée.

Et je cherche, je cherche ....La discussion sur les prises de Marie laisse la place à un débat plus léger sur la préférence de chacun en terme d’anchoïade ou de tapenade, ce qui me laisse par la même occasion en totale perte de repères. Mais Marie, elle prend quoi alors ? J’en suis réduit à poursuivre mes hypothèses sans plus aucun indice et je me lance sur d’autres pistes.... Marie, elle prend.... de la hauteur, elle prend du grade, de l’âge, de l’embonpoint, elle prend racine....mais je continue à douter de ces supposées trouvailles.

Et d’un seul coup, en un éclair, j’ai la bonne idée : du bon temps, c’est ça, Marie, elle prend du bon temps, elle prend la vie du bon côté ! 

Alors continue longtemps , chère Marie, continue longtemps à en prendre mais aussi à nous en donner...

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Mis à jour le jeudi 14 décembre 2017