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Michel Loquès .

 Michel Loquès .

 Place du village, 7h45 . La 206 arrive dans un bruit de mécanique rouillée, elle s’arrête et la portière claque. A partir de ce moment-là, le calme a disparu : juste avant, Angelin finissait de balayer la terrasse, Francis avait fini son café, Rasta cherchait les miettes, le père d’Arnaud était passé à la boulangerie, Féfé rangeait ses pinceaux dans la camionnette et Ramon était déjà parti sur un chantier... la journée commençait dans le calme matin d’un village varois.

Celui qui claque la portière avec force c’est Michel Loquès : sa manie, c’est de crier un bon coup en claquant la portière de sa Peugeot . C’est un rituel immuable et le jour où les deux actions ne seront plus simultanées, on saura que quelque chose de troublant se passe ou s’est passé. Quand il crie, c’est un bonjour qu’il envoie sur toute la place, pour tous les tourtourains et pour tous les autres . Des fois c’est " oh ! putanasse, il fait déjà bèn caoù !" ou alors "et mon vié cette pluie", une autre fois "pauvre de nous, c’est mistral" ou aussi "salope, il fait frisquette". Autrement dit ce n’est pas la peine de regarder la météo à 8h00 sur France 2 à Télé-Matin, avec Michel on a déjà la tendance de la journée... (et en plus on a droit à une petite leçon de vocabulaire local) .

Il vient vers la terrasse : Michel ne marche jamais vite car il s’est toujours aperçu qu’il arrivait de toutes les façons au même endroit quand il se dépêchait. Ses mains, il les place une sur son ventre et une dans la barbe : là aussi, une marque de fabrique, un trouble obsessionnel compulsif (qu’il aura du mal à gommer). Au moment de rentrer dans le bar des Ormeaux, immanquablement, il se retourne : il veut savoir tout se qui se passe et surtout quand c’est dans son dos. Il serre des mains, il tape sur des épaules, il gratte la tête de celui qui lit calmement le journal, il met une mandale sur le bois du comptoir et il balance sa prière matinale : 
"allez Angelin, fais moi un café !". 

Et c’est le début du récital Michel, le numéro Loquès ! Quand on pense que les gens vont visiter la ville du Nord où le film sur les ch’tis a été tourné, il vaut mieux que personne ne vienne filmer Michel au comptoir des Ormeaux, sinon le village va ressembler à Lourdes durant la semaine sainte. Notre Michel est un acteur, un condensé de Fernandel-Raimu-Anthony Queen : quand il parle, on l’écoute (on est bien obligé, on n’entend rien d’autre), il accroche l’oreille et il captive le cerveau. Avec Michel, c’est souvent les mêmes histoires mais on ne s’en lasse pas : c’est du lourd, du vrai (des fois c’est faux), du solide, du vécu. Quand il parle de ses légumes, on a le goût des tomates et l’odeur du basilic. S’il attaque sur les voitures, on a tous du cambouis sur les mains. Quand il se souvient de sa jeunesse en 68, on devient hippie et on chante à Woodstock avec des fleurs dans les cheveux et une blondinette dans les bras.

C’est tout Michel ça : avec lui, la vie est simple, on la touche de près, on la savoure comme lui quand il se commande un demi bien frais. Des demis, il en a savouré des centaines (et si j’étais supporter de l’OM je rajouterais un zéro) : et puis du pastis mais ce n’est pas sa "tasse de thé". Il a parfois poussé un peu trop sur la corde mais il ne l’a jamais coupée ni cassée : il n’en a pas l’air mais il sait aussi jusqu’où sont ses limites et il est assez raisonnable pour savoir mettre la marche arrière quand il est vraiment besoin de reculer. 

Michel, c’est un touche à tout. Il a fait des tas de métiers, de boulots plus ou moins petits, il a tenu un restaurant qui s’appelait " les Girandoles ", il a été berger, garagiste, cultivateur. Il connait tous les animaux de la garrigue provençale et il sait faire la différence entre les cystes de Montpellier et ceux à feuilles de sauge. Quand on entend parler de lui, une phrase revient toujours : " c’est dommage ! il a des mains en or ". Pour lui, ce n’est pas dommage, c’est tant mieux . Et il sait en faire profiter les autres : ça aussi vous l’entendrez, " il a le coeur sur la main ". Dans tout le village, on ne trouve pas plus serviable et attentionné dès qu’il sait que quelqu’un a un ennui ou un besoin urgent de réparation. Maçonnerie, plomberie, menuiserie, carosserie, carrelage, électricité, chauffage... il le fait gentilment et il laisse tout ce qu’il a dans les mains pour aller rendre service. C’est un sauveur, un sauveteur, un samaritain ...

Tu sais, Michel, ça me fait plaisir de dire un peu de bien de toi parce que je ne suis pas certain que tu saches que tu le mérites. Et si tu es d’accord, tu me raconteras quelques épisodes de ta vie et on sera nombreux à se régaler de les lire. Si en plus on y rajoute des photos... on va se mettre minable !!

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Mis à jour le jeudi 19 octobre 2017