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Accueil > Histoire > Tourtour durant la deuxième guerre mondiale . > Mme Barbut, survivante de la déportation, témoigne à l’école deTourtour.

Mme Barbut, survivante de la déportation, témoigne à l’école deTourtour.

 Mme Barbut, survivante 

 de la déportation, 

 témoigne à l’école deTourtour. 

Préambule : Je voulais publier cet article plus tard mais certaines circonstances liées à l’actualité du village (la collusion du maire Pierre Jugy avec le Front National) demandent que la publication soit avancée. Le maire a maintenant proposé que l’école porte le nom de Nelly Ovadia (la toute petite fille déportée et morte dans le camp de Drancy : comment va réagir Annette Barbut, rescapée d’Auschwitz, devant un maire qui fricote avec le FN ? Comment les Anciens Combattants du secteur Salernes-Aups-Tourtour vont réagir ? Nul doute que la cérémonie risque d’être houleuse et médiatisée ...

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L’histoire de Tourtour ne brille guère par sa réelle capacité à se rebeller, à résister : par exemple, l’insurrection de 1851 n’a pas connu de faits retentissants dus à l’action d’habitants du cru et la seconde guerre mondiale n’a pas laissé de mémoire active sur la commune (hormis deux résistants exécutés sur le territoire mais non tourtourains) : l’épisode vécu par Mme Barbut permet enfin de placer une ligne sur le registre...

Le journal Var-Matin, dans son compte-rendu du conseil municipal de début juin, a inséré un paragraphe particulier.

"Ne pas oublier"
Enfin, pour terminer la séance, une page sombre de l’histoire de Tourtour a été abordée suite à une requête inhabituelle. En 1944, le maire en place a été remplacé par un fonctionnaire de Vichy chargé de dénoncer les juifs qui auraient pu se trouver sur la commune. Or, il y avait une famille venue se cacher au village. Il les a dénoncés et ils ont été « raflés ». Seule Mme Barbut, qui avait 6 ans à l’époque, a survécu à la déportation.
Toujours en vie à 90 ans, elle est conférencière notamment dans les écoles et habite à Nice. Elle a proposé de venir à Tourtour faire une intervention dans l’école du village pour leur parler de cette histoire qui s’est déroulée dans leur village. Le conseil a approuvé sa venue à l’unanimité ainsi que la pose d’une plaque sur la maison qu’elle habitait à ce moment-là.

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Le même journal, a rendu compte de cette rencontre à l’école le vendredi 24 juin : en voici l’article.

"Rescapée d’Auschwitz, elle raconte la rafle de Tourtour" :

Annette Barbut, 94 ans, est venue témoigner hier auprès des écoliers. Déportée en février 1944, elle a raconté son arrestation avec sa nièce de 18 mois qui, avec ses parents, ont péri à Drancy

Raconter l’insoutenable à des écoliers de CM1 et CM2. Témoigner de la folie nazie et des atrocités de la Shoah. Pas facile... Pourtant et malgré une chaleur suffocante, on a entendu les mouches voler hier après-midi pendant toute l’intervention à l’école de Tourtour d’Annette Barbut, 94 ans et rescapée d’Auschwitz.
C’est surtout que cette Toulonnaise d’origine juive est venue parler aux enfants d’une histoire vécue dans leur village, il y a 72 ans. Alors qu’elle est venue visiter sa sœur Mathilde et son beau-frère Marcos dans leur maison au centre du village (à l’emplacement de l’actuel restaurant « La Place »), ils s’absentent deux jours en lui laissant leur fille de 18 mois, Nelly Ovadia. Mais le 30 janvier 1944, Annette n’a plus de nouvelles des parents. « Ils avaient été dénoncés par le maire et pris par la Gestapo du côté de Draguignan. Et là, j’ai vu une traction avant arriver sur la place. J’ai pris ma nièce dans les bras et je suis partie dans les bois pour nous cacher. Des jeunes nous ont dit que si je ne me rendais pas, la Gestapo prendrait dix otages dans le village. Je suis donc retournée. »


(la municipalité avait invité les parents d’élèves et tourtourains intéressés par l’histoire de Tourtour).

Directement gazées et brûlées
Le temps de prendre un biberon avec de l’eau, elle est conduite à la Kommandatur de Draguignan où Nelly retrouve ses parents le lendemain matin. Puis, c’est le départ depuis la gare des Arcs jusqu’à Marseille. « Je revois mon beau-frère avec son frère, menottés comme des bandits. On a été séparés, les femmes et les enfants d’un côté, les hommes de l’autre. Là-bas, on nous a emmenées à la prison des Petites Beaumettes et on s’est retrouvé dans une cellule. Au bout de quelques jours, ma sœur et son bébé ont été appelés pour partir à Drancy. Elles sont allées directement dans les chambres à gaz et les fours crématoires... Une semaine après, c’était à mon tour de monter dans les wagons à bestiaux, direction Auschwitz."
Elle y raconte les conditions de vie, ou plutôt de survie."Il y avait 5 h d’appel le matin et 5 h le soir. Pendant ce temps, je discutais avec les autres femmes, je leur disais qu’on allait s’en sortir. On partait le matin avec la pelle sur l’épaule, on creusait des tranchées pour y mettre des munitions. C’était très dur."

Annette Barbut a aussi vécu la Marche de la mort : face à l’avancée des forces russes en janvier 1945, les Allemands décident d’évacuer Auschwitz et ses quarante camps satellites en Pologne. Dans le froid et la neige, à peine vêtus et chaussés, ceux qui peuvent encore marcher vont parcourir 300 km, à pied, en train ou en charrettes que les déportés devaient tirer, jusqu’à des camps en Allemagne. En avril, Annette arrive ainsi à Ravensbrück peu de temps avant qu’alliés américains et russes n’opèrent leur jonction et que les Allemands prennent la fuite. « Les prisonniers d’un camp voisin sont venus couper nos barbelés et ce sont les Américains qui nous ont recueillis, nourris et soignés pendant trois semaines. Je pesais 30 kg. »
Revenue à Toulon le 22 mai 1945, elle y fondera une famille aujourd’hui composée de trois enfants, six petits enfants et neuf arrières-petits-enfants.

Une plaque à la mémoire de Nelly
" Mais ce que j’ai sur le cœur depuis toujours, c’est que la mémoire de ma petite-nièce soit honorée ici, à Tourtour", dit celle qui n’a jamais cessé de vouloir témoigner de ce pan obscur de l’Histoire. C’est ainsi qu’est né, avec Daniel Wancier, président du Comité Yad Vashem Nice Côte d’Azur, et le Dr Sion Sitruk, l’ancien pédiatre dracénois qu’on ne présente plus (tous deux également présents hier avec l’un des fils d’Annette Barbut), le projet d’une plaque à la mémoire de Nelly, sans doute sous la forme d’une céramique, implantée à proximité de l’école.
Un projet auquel le maire de Tourtour Pierre Jugy, très ému hier, a adhéré et qui devrait voir le jour après l’été.
E.C.

Photo : Les écoliers ont été très à l’écoute des explications données et récits faits, en des termes choisis, par Daniel Wancier et Annette Barbut. (Photos Philippe Arnassan)

"C’est à cause de moi si ma mère n’a pas pris la fillette" :

Avant de s’enfuir dans les bois, Annette Barbut tente de confier Nelly à une habitante du village "pour la sauver". Mais cette dernière refuse. Présente hier à l’école, sa fille Jacqueline Paille évoquait ces souvenirs avec une grande émotion. "Jusqu’à la fin de sa vie, à 69 ans, elle m’a parlé d’Annette et de Nelly... Elle avait des remords, elle regrettait de ne pas avoir pris la petite mais c’était à cause de moi. J’avais 5 ans et elle avait peur que la Gestapo nous prenne aussi". Jacqueline se souvient de sa rencontre avec Annette quand elle est revenue ici il y a trois ans. " Si vous saviez le bonheur que j’ai eu de la revoir pour la première fois... ".

Photo : Des retrouvailles émouvantes entre l’ancienne déportée et Jacqueline Paille.

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Commentaires du site "Tourtour, notre village" :

Malgré le témoignage poignant de Mme Barbut, certaines zones d’ombre persistent sur cetépisode dramatique de l’histoire locale : les langues se sont tues pendant des décennies, des rumeurs ont pourtant circulé, des accusations ont été prononcées...Par exemple, quels sont les deux "jeunes" qui ont conseillé à Annette de se rendre ? Pourquoi les avoir ignorés pendant plus de soixante-dix ans ? Pourquoi ne pas avoir eu le courage de les récompenser de leur acte aussi héroique que patriotique ? Puisqu’ils ont ainsi sauvé une dizaine de tourtourains, pourquoi ne mériteraient-ils pas un hommage ? Peut-être que ceux qui les avaient accusés d’avoir -au contraire- dénoncé Annette et sa nièce ne sont pas très sensibles à cette idée ...(d’ailleurs, cette partie de l’histoire est cachée, enfouie, taboue...on ne sait pas, on n’en a pas entendu parler, on n’a rien entendu...).

Un petit détail : quand Jacquie m’a parlé de cet épisode douloureux, elle a tenu à préciser qu’Annette et Nelly habitaient dans la maison qui est aujourd’hui le restaurant "le relais Saint-Denis" (et non "la Place").
 

 

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Mis à jour le lundi 22 mai 2017