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Tourtour en 1914, souvenirs d’Albert Escarelle ...

** "La poste était juste au-dessous de l’école de garçons".. : Mme Germond née Dauphin Yvette me racontait qu’à son époque d’écolière - donc dans les années 1930 - la cour de récréation se trouvait être la place du village : il est vrai que les véhicules n’étaient pas très nombreux et que leur vitesse était relativement peu élevée. Sous l’école de filles, la cave était la réserve de bois : la maîtresse, Marie-Claire Verdaine, envoyait les gosses chercher des bûches plusieurs fois par jour pour alimenter le poêle à bois dans la salle de classe. Il ne faut pas oublier non plus que quelques élèves venaient de loin pour arriver à l’école et qu’ils restaient donc à midi pour manger sur place : bien évidemment, la cantine n’était pas encore organisée par la mairie et chaque enfant venait donc avec son casse-croûte, souvent du pain avec du lard ou des saucisses (le cochon était dans chaque maison !), des patates bouillies et des fruits. L’école de garçons était située sur la place des Ormeaux, juste à côté de l’actuelle agence immobilière « Provence verte ». Les filles étaient scolarisées près de l’Union, dans les locaux aujourd’hui occupés par le magasin de céramiques et poteries de Mélissa Giraud , « grain de folie ».

** "On ramassait les glands pour les cochons. Rien n’était perdu" :  :
Les paysans tourtourains de l’époque d’Albert Escarelle avaient des habitudes tenaces pour faire des économies qui n’étaient pas toutes de bouts de chandelles … Effectivement, ils n’avaient aucune honte de ramasser les glands sous les chênes pour donner aux animaux dans le « cochonnier » : la charcuterie « faite à la maison » permettait de disposer de viande durant de longs mois . Les côtelettes, les rôtis, les travers étaient conservés dans des jarres couvertes de sel et les saucisses, jambons, saucissons pendaient au plafond des caves ou des remises. La phrase d’Albert Escarelle n’est pas anodine car le vieux tourtourain qu’était Albert voyait bien que les mentalités locales avaient évolué, que l’éducation des enfants subissait de profonds changements et que les méfaits de la société de consommation avaient déjà envahi les petits villages du Haut-Var : de fait, des souvenirs comme la récolte des glands ramenaient Albert à une époque qu’il affectionnait…
De nos jours, peu nombreuses les familles qui ont un cochon à Tourtour mais il faut néanmoins se rassurer car il reste malgré tout, sur la commune, quelques beaux « glandeurs » !....

**   « le cercle de l’Union pour les « Blancs » et le cercle de la Fraternité pour les « Rouges » :
Souvenons-nous que le département du Var, depuis le coup d’Etat de 1851 et l’insurrection qui s’en est suivie, était surnommé « le Var rouge » : de nombreux villages étaient des places fortes des idées progressistes, Aups en étant un des meilleurs exemples. Notre village de Tourtour n’a jamais brillé dans la lutte des classes ou pour l’émancipation des peuples mais un cercle était toutefois consacré aux idées « rouges » : de nos jours, si les cercles se reformaient, nul doute qu’un troisième serait ouvert avec une étiquette plutôt « bleu marine !...

**  "La route de Flayosc a été livrée à la circulation en 1900, la route d’Aups a été faite après la guerre de 1914. Les routes d’Ampus et de >Villecroze ont été livrées avant 1900"...
Au début du XIXème siècle, le tracé des routes est modifié sur la quasi-totalité du territoire et c’est aussi à cette période que le village de Tourtour commence à se désenclaver : la révolution industrielle entraîne de profonds changements dans la vie des communes rurales et les communications « sur terre » deviennent une nécessité économique que les élus doivent prendre en compte. N’oublions pas non plus que l’arrivée de la technique du macadam va permettre de doter certaines régions de routes plus que carrossables : dans cette optique, des villages comme Tourtour font de gros efforts pour ne pas  retrouver le village isolé des autres communes.

 

 

 

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Tourtour en 1914,

 souvenirs d’Albert Escarelle .

 
Tourtour en 1914 ....

Le texte ci-dessous est tiré du bulletin municipal « Lou Troumpetoun » n°8 de janvier 1993 et il est paru en première page sous la signature d’Albert Escarelle, ancien premier-adjoint .

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« Les années ont passé vite, très vite. Que de changements depuis que j’étais à l’école de Tourtour, les filles allaient en face de l’autre côté de la Place des Ormeaux, et que Monsieur Leget, l’instituteur après avoir interrogé plusieurs de mes camarades qui n’avaient pas su répondre à une question me disait : « Alors Albert, donnes-nous la réponse et que je la donnais . Cela me fait sourire de penser à cette époque-là.

Tourtour en 1914 comptait deux écoles, l’une de filles où enseignait Madame Bocquillon l’autre de garçons avec Monsieur Leget .
La poste était au-dessous de l’école de garçons et Monsieur Salomon, le postier, recevait deux fois par jour le courrier de Salernes qu’il redistribuait aussitôt. Il y avait deux distributions par jour dans le village et une dans les campagnes.
/> La source du Rosaire faisait tourner cinq moulins : deux à farine et trois d’huile. Chaque paysan récoltait son blé pour faire son pain au fou communal. Le village vivait sur lui-même.
Il y avait 50 chevaux, 20 troupeaux en tout, presque 1500 moutons, 300 cochons, partout des poules, lapins et pigeons en abondance. Toutes les rues du village étaient paillées pour récupérer la « paillun » qui était ensuite portée dans les « suis » que l’on retrouvait partout dans le village, et chaque villageois récupérait sa « paillun » pour faire son fumier.

Il y avait deux cafés : le café Sidoine et le café Meiffret Joseph. Deux cercles dans lesquels se réunissaient les hommes : le cercle de l’Union pour les « Blancs » et le cercle de la Fraternité pour les « Rouges ». Plus tard ils se réuniront pour n’en faire plus qu’un dont je serai le dernier président avant de le dissoudre. Quelle tristesse, j’en aurais pleuré.

De nombreux commerçants travaillaient à Tourtour : deux boulangers Bernard et Denans, une boucherie Dauphin, un maréchal-ferrant, un coiffeur Monsieur Porte, un menuisier Monsieur Pascalis Mandin, le cordonnier Simon Sisteron et trois couturières, les sœurs Vachier et Mathilde Paul. Deux bouilleurs de cru qui distillaient à l’atelier public, Meiffret Joseph et Eugène Giraud dit le « tubé ».

En 1920 on a créé la ligne Draguignan-Moustiers qui faisait la Poste, les voyageurs et messageries. J’ai connu successivement les trois derniers curés qui ont habité dans la paroisse : l’Abbé Imbert, l’Abbé Laplace et l’Abbé Henri.
La diligence de Troin Charles assurait la liaison avec Draguignan les jours de marché. La messagerie sur Marseille était assurée par les chevaux de Charles Troin et Verdaine.

On récoltait à Tourtour 10 tonnes de haricots « l’espagnolet » qui étaient renommés dans toute la région. On récoltait la lavande sauvage, le thym, le romarin, les narcisses dans les prés et la fleur de genêts pour les parfumeries de Grasse .Tous les jours montaient six charettes traînées par deux chevaux qui allaient chercher du bois dans les forêts pour les fabriques de tomettes à Salernes et les potiers de Villecroze . Toutes les forêts étaient propres. On profitait des romarins pour alimenter les fours à chaux dans les collines. Presque tous les paysans faisaient l’élevage des vers à soie, l’écorce des chênes partait pour les  tanneries de Barjols et on faisait du charbon de bois pour les grillades. On ramassait les glands pour les cochons. Rien n’était perdu.

A cette époque, les quatre hameaux étaient habités en dehors du village : les Treilles, les Mandins, les Gorrans et Fontfreye . La route de Flayosc a été livrée à la circulation en 1900, la route d’Aups a été faite après la guerre de 1914. Les routes d’Ampus et de >Villecroze ont été livrées avant 1900. Ces routes qui avaient  commencé et continueront à voir l’exode rural, verront beaucoup plus tard le flot des usagers s’inverser pour que Tourtour puisse revivre autrement.

(fin du texte signé par Albert Escarelle, ancien premier adjoint).

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Commentaires du site " Tourtour, notre village " :

** "La poste était juste au-dessous de l’école de garçons".. : Mme Germond née Dauphin Yvette me racontait qu’à son époque d’écolière - donc dans les années 1930 - la cour de récréation se trouvait être la place du village : il est vrai que les véhicules n’étaient pas très nombreux et que leur vitesse était relativement peu élevée. Sous l’école de filles, la cave était la réserve de bois : la maîtresse, Marie-Claire Verdaine, envoyait les gosses chercher des bûches plusieurs fois par jour pour alimenter le poêle à bois dans la salle de classe. Il ne faut pas oublier non plus que quelques élèves venaient de loin pour arriver à l’école et qu’ils restaient donc à midi pour manger sur place : bien évidemment, la cantine n’était pas encore organisée par la mairie et chaque enfant venait donc avec son casse-croûte, souvent du pain avec du lard ou des saucisses (le cochon était dans chaque maison !), des patates bouillies et des fruits. L’école de garçons était située sur la place des Ormeaux, juste à côté de l’actuelle agence immobilière « Provence verte ». Les filles étaient scolarisées près de l’Union, dans les locaux aujourd’hui occupés par le magasin de céramiques et poteries de Mélissa Giraud , « grain de folie ».

** "On ramassait les glands pour les cochons. Rien n’était perdu" :  :
Les paysans tourtourains de l’époque d’Albert Escarelle avaient des habitudes tenaces pour faire des économies qui n’étaient pas toutes de bouts de chandelles … Effectivement, ils n’avaient aucune honte de ramasser les glands sous les chênes pour donner aux animaux dans le « cochonnier » : la charcuterie « faite à la maison » permettait de disposer de viande durant de longs mois . Les côtelettes, les rôtis, les travers étaient conservés dans des jarres couvertes de sel et les saucisses, jambons, saucissons pendaient au plafond des caves ou des remises. La phrase d’Albert Escarelle n’est pas anodine car le vieux tourtourain qu’était Albert voyait bien que les mentalités locales avaient évolué, que l’éducation des enfants subissait de profonds changements et que les méfaits de la société de consommation avaient déjà envahi les petits villages du Haut-Var : de fait, des souvenirs comme la récolte des glands ramenaient Albert à une époque qu’il affectionnait…
De nos jours, peu nombreuses les familles qui ont un cochon à Tourtour mais il faut néanmoins se rassurer car il reste malgré tout, sur la commune, quelques beaux « glandeurs » !....

**   « le cercle de l’Union pour les « Blancs » et le cercle de la Fraternité pour les « Rouges » :
Souvenons-nous que le département du Var, depuis le coup d’Etat de 1851 et l’insurrection qui s’en est suivie, était surnommé « le Var rouge » : de nombreux villages étaient des places fortes des idées progressistes, Aups en étant un des meilleurs exemples. Notre village de Tourtour n’a jamais brillé dans la lutte des classes ou pour l’émancipation des peuples mais un cercle était toutefois consacré aux idées « rouges » : de nos jours, si les cercles se reformaient, nul doute qu’un troisième serait ouvert avec une étiquette plutôt « bleu marine !...

**  "La route de Flayosc a été livrée à la circulation en 1900, la route d’Aups a été faite après la guerre de 1914. Les routes d’Ampus et de >Villecroze ont été livrées avant 1900"...
Au début du XIXème siècle, le tracé des routes est modifié sur la quasi-totalité du territoire et c’est aussi à cette période que le village de Tourtour commence à se désenclaver : la révolution industrielle entraîne de profonds changements dans la vie des communes rurales et les communications « sur terre » deviennent une nécessité économique que les élus doivent prendre en compte. N’oublions pas non plus que l’arrivée de la technique du macadam va permettre de doter certaines régions de routes plus que carrossables : dans cette optique, des villages comme Tourtour font de gros efforts pour ne pas  retrouver le village isolé des autres communes.

 

 

 

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Mis à jour le vendredi 28 juillet 2017