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Des expressions provençales bien de chez nous ....

 Des expressions provençales 

 bien de chez nous !....

Certaines expressions provençales sont surtout employées du côté de Marseille ou de Manosque mais certaines sont souvent entendues à Tourtour : on sait bien que le patois local n’est plus parlé que par une poignée de tourtourains et que les jeunes ne le comprennent même pas puisqu’ils ne l’entendent plus assez souvent ...Néanmoins, certaines expressions traversent le temps et continuent la tradition.
En voilà quelques unes qui sont encore "à la mode" ...

 " Peuchère ! Pécaïré !" :        

Dans le Haut-Var (et plus généralement dans toute la Provence méridionale), certaines personnes ont l’habitude de terminer leurs phrases par "peuchère", même si le sens ne l’impose guère ...Par exemple, on peut alors entendre : "oui, je l’ai vu passer tout à l’heure, il descendait vers la cascade, peuchère !..(ce qui ne veut pas dire qu’il allait se noyer, mais c’est pourtant "peuchère"...
Par contre, si on l’emploie avec justesse, c’est un terme qui exprime la compassion, l’attendrissement, la pitié : le mot vient sans doute de pécheur, celui qui commet des péchés et qui est, de ce fait, bien à plaindre.
"Elle a cueilli la lavande tout le jour, elle va avoir un sacré mal au dos, peuchère !"..

On peut souvent le remplacer par "le pauvre" (ou la pauvre !) : par exemple " il est très âgé et il perd un peu la tête, peuchère" (il perd la tête, le pauvre !)...
Si quelqu’un est malade gravement on dit volontiers : "elle est mal en point mais espérons qu’elle s’en remette, peuchère !"..
Si un présomptueux se croit capable mais ne l’est pas, on aura un passage du style : " t’as vu, il s’est présenté aux élections législatives, il croyait qu’il pouvait être député, peuchère !"...
Ceux qui parlent un peu le provençal seront fiers de prononcer "pécaïré !"..

 " Tant " :  "tant, il a oublié le pain "....        
Il faut avouer que certains visiteurs (étrangers ou français ) ne nous comprennent pas trop sur la place des Ormeaux quand nous commençons parfois une phrase par "tant...". Effectivement, quand ils entendent : " Tant, il a perdu les clés de la voiture !.." ils ne comprennent pas pourquoi un adverbe de quantité vient se placer en début de phrase (et surtout si l’on parle de la perte des clés !).
Alors, comment utilise-t-on chez nous le "tant" ?
On s’en sert comme conjonction de coordination qui introduit une hypothèse, une supposition, comme dans : "il est bien possible que...", ou "si ça se trouve...". Pour simplifier, c’est un peu comme si on commençait l’expression par "peut-être que..".
Exemples :
* " Tant, il a oublié de prendre le pain !..."( tu vas voir qu’il a ...).
* " Tant, il m’en reste encore à la cave !..."(peut-être qu’à la cave j’en ai encore !".
Tant peut avoir également le sens de si, ou de aussi : " ne cours pas tant vite, pitchoùn, tu vas tomber ! », ou encore : " Pas tant calù qu’acquô ! "(Pas si idiot que ça !).

 " Pauvre " :  " Ohoù, pauvre de nous !..."       

Là aussi, dans le Haut-Var on utilise vraiment beaucoup le terme "pauvre" ...mais pas toujours dans les mêmes occasions que les lorrains ou les bretons !
En Provence pauvre veut dire que la personne dont on parle est morte. (ce sont des paroles de païens qui considèrent qu’un mort ne possède plus rien, donc il est pauvre !) : "Ma pauvre mère".

Utilisé aussi comme exclamation pour "ça alors !" : par exemple, en s’étonnant, on peut dire : "Oh pauvre ! J’aurais pas cru que tu y arrives !".
Mais on peut le dire sur un ton dubitatif : "Oh pauvre ! Tu risques pas d’y arriver !", ou sur un ton dédaigneux : "Tu as assez d’argent sur toi ? - Oh pauvre !". Dans ce dernier sens, l’expression est synonyme de "Oh peuchère !".
Le provençal utilise aussi beaucoup les expressions : pauvre de moi ! (paure de ioù !) ou pauvres de nous  ! (paure de nautré !).

 " Marque mal, marquemal" : "tè, lui il marque mal !"... 

Du provençal marca, marquer. "Aco marco maoù" (c’est de mauvaise augure). Quelqu’un qui marque mal est quelqu’un de particulièrement mal habillé, ou dont la tenue vestimentaire est choquante. Au début su siècle, on se méfiait aussi du marquemal (individu qui a mauvaise allure) qui venait acheter les peaux de lapin voire de renard que les paysans tannaient et lui réservaient.
Dans certains petits villages du Haut-Var où un adjoint au maire se permet des comportements de mythomanie douteuse et qu’il se prénomme Marc, la galéjade provençale lui attribuera illico le sobriquet de Marc-mal ....

 "Mèfi !" : " là, il faut faire mèfi !..."      

"Oh, mèfi :" ...(fais attention, fais gaffe !)...
Vient du provençal se mesfisa, se méfier ; ou de la conservation des deux premières syllabes de méfiance..
" Ohoù, là, le chemin est escarpé, faut faire mèfi  !"...
"La route est très étroite, ne vas pas trop vite, fais mèfi dans les virages !".
" oulala, mèfi, y’a un radar juste après le pont !)...
"T’as vu, la maire a mis un garde-champêtre ! Pour les bagnoles garées en vrac, va falloir faire mèfi  !..."

 "Regardelles, rigardèlî" :      

" Y’a rien dans le frigo ! on va manger des regardelles  !"...(on va manger des "regarde-les", autrement dit pas grand chose...
Dans le Haut-Var, on dit surtout des "rigardelli" (ça doit venir de l’immigration italienne ).
Quand les parents ont du mal avec un gosse qui ne veut pas goûter tel ou tel aliment, ils disent : " si tu ne peux pas en manger, tu n’auras que des rigardelli  !"...
Quand le chasseur revient bredouille, il se justifiera le soir en disant : "tu crois pas, toi, j’ai vraiment rien tué, y avait que les rigardelli qui volaient !"...

 "Caguer" : "acò mi fa caga...".        

Aller à la selle, déféquer (prov. caga - forme méridionale de chier - du latin cacare, même sens) : « Vai te caga ! », ou « Vai caga à la vigno ! » s’emploie pour envoyer paître quelqu’un. « Je m’en cague » signifie : je m’en moque, je m’en fous.
On dit d’un écolier qui peine en classe : "Fa tout ce que póu..., coum’un chin quand cague..." (il fait ce qu’il peut...comme un chien quand il cague).
Notre cher Gibbe emploie souvent la formule millénaire : "lou soulèoù mi fa canta et tu mi fas caga  !" (le solei me rend joyeux et toi tu me fais ...caguer !).
Le verbe s’emploie fréquemment au sens figuré : "acò mi fa caga" (les jeunes disent maintenant "ça me soule" ou "ça me gave" ).
Quand on joue à la pétanque et que les joueurs de la même équipe ont mal joué leurs boules, ils vont dire : " eh bèh, tous les trois on a cagué la mène !...).
Il peut s’employer aussi dans le sens d’échouer, tourner mal (pour un coup qui a raté, une affaire manquée) : par exemple, pour une mine qui n’a pas explosé : " La troisième mine, elle a cagué ". (Raimu dans "La Fille du Puisatier").

 "Chilin-chilin, chalin-chalan" :      

Il faut prononcer "tchalin-tchalan" (avec le "in" de parking")..On peut le traduire d’abord par "couci-couça" ou "come ci- comme ça" ou "à peu près" ...
Mais une autre forme : par exemple, en se recontrant dans la rue, à la question "Coumo vai ?"on dit "Chilin-chilin" (ça va mais tout doucement).
Dans le groupe des randonneurs de l’ASTV rando, quand un marcheur est un peu fatigué par le dénivelé du chemin , il dit : "allez-y, ne m’attendais pas, je vais monter "Chilin-chilin"...
Parfois, on entend une expression qui ressemble, c’est "planin-planan"..

 "Ah ! - Oh !" ...       

Employée avec un accent interrogatif "Ah !- Oh ?", cette expression traduit une marque d’intérêt, parfois un peu affectée.(c’est un peu comme quand on dit "ah bon, c’est vrai ça !" Ainsi, quand on dit au sage du village qu’untel a trouvé un panier rempli de morilles, le philosophe tourtourain répond paisiblement : « Ah ! - Oh ? ».
Par contre, lorsque l’expression « Ah ! - Oh ! » est utilisée (avec un ô très ouvert) comme réponse vive à une observation, elle marque une dénégation ou un doute, un peu comme : « Et puis quoi ? Non, ça va pas ! ».

 "Nine" : ( oh nine !)... 

Francisation du provençal "nino", fillette, poupée. Ma nine ! Les marchandes disent fréquemment à leurs clientes, jeunes filles ou adultes : " Et avec ça, ma nine, qu’est ce que je te mets ?".
On peut facilement le traduire aussi par "ma chérie" ou "ma chère"...

 "gratte, gratte".... (les gratons)    

Dans une partie de boules, Antoine pointe sa boule un peu forte et Charles lance : "gratte, gratte" ! Cela veut dire qu’il faudrait que la boule prenne quelques gratons (gravillon) pour être freinée ...La phrase peut continuer par : " je suis resté long, j’ai pas pris le bon graton  ! (le gravier).

 "Empégué" :          

"aqueù a trop bégu, è coùmplétamèn empéga"  : celui-là a trop bu, il est complètement saoul ...Celui qui est empégué est ivre...Le mot "empégué" vient du provençal pègo, poix, et empega, poisser, coller (on connaît l’expression "ça pègue", ça colle).
Se faire empéguer, c’est se faire attraper et avoir une amende..
Quand on a une chose importante à fêter, on peut dire " allez, ce soir, on s’empègue" !

 "Escagasser" "sioù couplétamèn esgagassa !".. 

Détruit, démoli, affaissé, qui a cagué (du provençal escagassa, affaisser, écraser, aplatir) : "tu as vu le muret, il a pris l’eau et il s’est esgagassé en dessous !".
Etre escagassé, c’est être crevé, éreinté : "il fallait que je coupe le bois, je m’y suis mis ce matin mais là, sioù coumplétamèn esgagassa  !".
S’escagasser, c’est aussi se décarcasser : "elle voulait que je le fasse vite et, pour lui faire plaisir, je me suis escagassé pour finir aujourd’hui !".

       "Dégun"  :         

Pronom indéfini pour dire : personne, aucun, nul. « Aven vî dégun » (on n’a vu personne).
"craindre dégun" c’est n’avoir peur de rien ni de personne : " on fait une partie de boules contre vous parce que nous on craint dégun  !"..

 " Juste... "  : 

Étroit, en parlant d’un vêtement, d’une chaussure (« Ça lui va juste ») ou de l’esprit (« Il est plutôt juste - Sa mère disait : il comprend vite mais il faut lui expliquer longtemps »). S’emploie aussi pour exprimer qu’on manque, qu’on est à court de quelque chose (« Le lundi, à la maison, on est souvent juste de pain »).

 "Bouléguer" (et boulégant !) :       

Sur le bateau, quand la mer est déchaînée, on peut dire : "oh la la , je vais être malade, ça boulègue trop !"...(ça remue trop ).
Quand j’ai su cela, ça m’a vraiment boulégué (ému )...
"Boulégant, bouléguant  !" : allez, on se bouge, bougez-vous !
Une autre expression très connue : "Bouleguès pas lou batèu"...se dit pour dire à quelqu’un de ne pas bouger, de ne pas faire perdre l’équilibre (sur le bateau, sur un escabeau ou une échelle).

     "Ensuquer" (et ensuqué) :      

Assommer, frapper sur la tête, accabler (prov. ensuca, de su, suc, tête). Au fig., être ensuqué, c’est être fou, dérangé, idiot. "Sias ensucat de monta sus aquéu batéu" (Vous êtes fous de monter sur ce bateau).
on emploie souvent l’expression " ohoù, espèce d’ensuqué !...".

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Vos commentaires

  • Le 21 mai 2014 à 15:46, par Goure En réponse à : Des expressions provençales bien de chez nous ....

    Je me suis régalée avec ces expressions bien de chez nous. Je les ai toutes utilisées sauf "tant" et "gratte".
    En revanche je dis souvent que je suis "escagassée" en ce moment !!
    Merci de cette belle cueillette provençale !

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Mis à jour le jeudi 25 mai 2017